sirène rouge

Titre : La sirène rouge

Auteur : Maurice G. Dantec

Éditeur : Folio Policier

Chronique délicate : je ne voulais pas mourir idiot et après avoir lu deux ou trois trucs par-ci par-là sur Dantec, je me suis dit que je me devais d’en lire un. Autant commencer par le premier… Une idée ni bonne ni mauvaise au final.

Une idée pas trop mauvaise parce que je ne me suis pas forcé à le finir malgré les presque 600 pages.

Mais une idée par trop bonne parce que ce livre n’est que du vent : une histoire mais pas crédible, des à-côtés inutiles, des personnages vides.

L’histoire : une espèce de baroudeur qui sort des épurations ethniques en Bosnie-Herzégovine et qui a participé clandestinement et à des livraisons d’armes et aux combats rencontre, à Amsterdam, une gamine qui vient de fuguer de chez sa mère après avoir découvert un snuffmovie sanglant pour lequel sa mère est à la fois actrice et productrice. La gamine fuit tout autant sa mère que les flics hollandais incapables de la protéger face à une mère qui détient tous les pouvoirs que la fortune peut offrir. Elle fuit en direction du Portugal, dernière adresse connue de son père, poursuivie par les hommes de main de sa « chaire » mère. Notre héros le baroudeur, pétrit de préceptes grandiloquents sur la justice, va, contre toute attente, aider la gamine à traverser l’Europe. Cette chevauchée fantastique sera parsemée de fusillades jusqu’aux retrouvailles entre la gamine et son père, toxico, trafiquant mais bien sous tous rapports.

Les fusillades sont invraisemblables, tout le monde se ballade avec « la puissance de feu de d’un croiseur et des flingues de concours » mais personne ne se fait jamais arrêter, malgré le nombre effarent de balles de calibres tout aussi variés que mortels échangé entre les hommes de main de la mère et Monsieur le Chevalier Blanc ce dernier n’est jamais ne serait-ce qu’effleuré par un tir, les scènes de fuites en voiture alternent avec les scènes de fusillades et les scènes de souvenir de Tchétchénie à un rythme horloger. J’arrête là.

Les à-côtés : ils concernent exclusivement notre « tireur d’élite convoyeur d’enfant » et son expérience durant la guerre d’épuration ethnique. On ne sait rien de cet homme : ni ce qui le motive, ni ce qu’il pense vraiment à part que les « viols c’est mal » et que « tuer par racisme ce n’est pas bien ». Les épisodes imputés à son passé récent n’apportent au final rien au personnage, ni à la compréhension que l’on peut avoir de son rôle qui semble se résumer à un passeur (d’armes pendant la guerre, d’enfant pendant le roman) ni à sa structure et à son évolution en tant que personnage principal du livre.

Les personnages : une galerie de personnages gravitent les uns autour des autres, se croisent, se rencontrent, se tirent dessus mais on ne sait rien d’eux. On saura juste, par exemple, qu’un tueur a travaillé en Afrique du Sud, qu’un autre est un ancien flic ripoux, que le père de la gamine qu’on cherche tout de même pendant plus de 500 pages est un ancien toxico et un ancien de la Navy. A vous de construire ce que vous voulez du tueur qui a de façon sous-entendue assassiné du Noir pendant l’Apartheid et de ce que cela peut avoir comme conséquence sur son caractère ou sa façon de voir le monde, sur son racisme, son absence de morale. A vous d’essayer de comprendre pourquoi la mère de la gamine qui en dehors de n’avoir aucun repère parce qu’elle n’a aucun problème de fric et donc aucun souci de morale développe son business de snuffmovie. L’impression d’ensemble est que ces personnages, qui passent pourtant leurs journées à arpenter les routes de Hollande, d’Allemagne, de Belgique, de France, d’Espagne et de Portugal, sont statiques et immobiles.

C’est un livre où l’auteur vous demande de prendre ce qu’il écrit pour argent comptant sans vous donner aucune clef pour comprendre le pourquoi. C’est un livre purement descriptif.

C’est ainsi que je l’ai pris contraint et forcé, c’est ainsi que j’ai pu le finir mais Dieu que c’est insuffisant.

De façon totalement subsidiaire, la 4ème de couverture annonce que Dantec a créé en 1993 un mix de polar, de thriller et de fantastique :

  1. dans un polar on cherche un coupable, là on l’a dès les premières pages,
  2. dans un thriller il y a du suspens, un côté terreur sournoise, là rien,
  3. il faut qu’on m’indique ce qu’il y a de « fantastique » dans le bouquin de Dantec…
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