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codex de syracuse

Titre : Le codex de Syracuse

Auteur : Jim Nisbet

Éditeur : Rivages/Noir

On peut dire sans grand risque de se tromper qu’il s’agit là d’un auteur tout à fait exceptionnel.

Rien ne sert de chercher ici un serial killer sanguinaire ni un inspecteur solitaire dont le métier de policier a provoqué la chute de son couple et la sienne dans l’alcool mais qui par la seule force de sa forte personnalité va démêler la trame de l’œuvre d’un malade de la gâchette ou du scalpel.

Le personnage principal, Danny Kestrel, est encadreur de son métier. Il officie à San Francisco. Pauvre (au regard du milieu dans lequel il s‘agite), besogneux, intellectuel, il surnage dans un monde qui rassemble les « qualités » inverses aux siennes… Au cours du vernissage d’un artiste côté dont il vient d’assurer l’encadrement des toiles, il rencontre une femme fatale désœuvrée et sévèrement alcoolisée avec laquelle il va expérimenter un véritable moment de vie… en totale contradiction avec l’assassinat dont sera victime sa maîtresse occasionnelle juste après qu’ils se soient quittés.

Le véritable personnage clé du livre se révèle donc être la défunte dont on va découvrir différentes facettes au cours de différentes scènes dont le protagoniste reste Danny Kestrel. Au cours de ses rencontres, Danny croisera des personnes ayant côtoyées la morte et chacun lui révèlera une partie de la vie ou du caractère de cette Mme Knowles qu’il n’aura fréquentée que quelques heures.

Les fréquentations de Renée (Mme Knowles) sont avant tout « professionnelles » si tant est que l’arnaque à grande échelle puisse être une profession. Mais chut, n’allons pas trop loin dans l’intrigue. Au final, que notre enquêteur improvisé mais véritable fouineur dans l’âme, en plus d’être encadreur de tableaux, soit un ancien du Vietnam tout comme un de ses amis peintres et bénéficie ainsi de ressources insoupçonnables, aussi aberrant soit-il, ne gâche en rien le plaisir de la lecture de ce livre.

Le style de l’auteur qui balaie toute réserve éventuelle quant à l’histoire est remarquable notamment en ce qui concerne les descriptions de ses personnages. Ceux-ci ne se limitent pas à un être simplement un homme ou une femme. Ils ont un passé, un présent (un avenir ? c’est plus ambivalent), une existence et une consistance. Un personnage n’est pas réduit à son aspect physique et la chaire d’une femme prend une texture charnelle tout à fait troublante sous la plume de Nisbet.

La description qu’il fait des nantis et le parallèle qu’il réalise entre les prostituées et les femmes riches sont tout simplement exquisément jouissifs. J’en veux pour preuve la scène où le héros est repêché en état avancé d’hypothermie par un marin clochard ivrogne mais excessivement lettré (tiens, au passage, comme quoi l’argent fait peut-être le bonheur mais pas l’intelligence…) : le marin lui conseille de se trouver une racoleuse pour le réchauffer et c’est finalement un de ses amie/amante/cliente (la richesse permet souvent de cumuler plusieurs fonctions) qui prendra sa place sous la couette…

Merci à la Librairie Lignes Noires pour ce conseil indirect. Je ne peux que vous le transmettre à mon tour.

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