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Titre : Le sermon sur la chute de Rome

Auteur : Jérôme Ferrai

Éditeur : Actes Sud

Voilà un livre particulièrement compliqué à commenter. Il est à la fois très dur et très agréable à lire. Le style, fait de phrases longues contenant plusieurs idées et/ou digressions, parvient à rester fluide. Il convient toutefois de ne pas se laisser emporter par le noir fatum sous-jacent à l’histoire qui nous est contée.

On met un œil dans un monde sombre, dans une écriture âpre qui vit de l’urgence et dont toute simplicité est absente. C’est une lecture exigeante dont on ne ressort pas indemne. Mais elle est tout sauf dénuée d’intérêt.

Jérôme Ferrari nous entraîne sur des terrains meubles : le souvenir, la réminiscence, la construction d’un être (et sa déconstruction), la cyclothymie du monde et de la société et leur inéluctable chute. L’auteur nous livre une vision à coup sûr honnête mais terrifiante de ses démons intérieurs, de ses interrogations intimes. Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement. Il y a dans ce livre une force émotionnelle et intellectuelle immense.

Les personnages s’interrogent sur leur place dans le monde et il n’est pas certain que dans le monde de Jérôme Ferrari on ait le droit de la trouver.

Nous commençons par l’histoire de Marcel qui servira de fil rouge au roman : enfant né après la Première Guerre Mondiale, dont on ne sait pas trop s’il n’était pas non désiré mais dont les caractéristiques de chétif et d’insatisfait chronique ont forgé le caractère. Nous croiserons aussi les membres de sa famille si particulière et de tous ceux qui ont gravité autour d’eux. Tous ceux qui ont fait leur histoire : Jacques, le fils, qui au grand damne de la famille a épousé sa cousine, Mathieu, le petit-fils, tellement étranger à ce qui ne le concerne pas, Aurélie, sa sœur, déracinée perpétuelle, Libero, l’ami d’enfance qui après avoir apporté équilibre et bonheur (factices ?) à Mathieu provoquera malheur et remise en cause (salutaires ?).

La morale de cette histoire ? Il n’y en a pas, pas vraiment. Le discours de Saint Augustin en est peut-être une. A une foule de fidèles réunis suite à la chute de Rome, Saint Augustin délivre le message suivant : il vous a été promis la gloire, il ne vous a jamais été promis que celle-ci soit éternelle. Ainsi en va la vie : ni le malheur ni le bonheur ne sont éternels.

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