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l'homme cercles bleus

Titre : L’homme aux cercles bleus

Auteur : Fred Vargas

Editeur : J’ai lu

Mon sentiment est partagé. J’ai détesté un bon paquet des premières pages pour dévorer la suite et trouver la fin bâclée. Premier livre où l’on rencontre le commissaire Adamsberg, il est bourré de personnages plus fous les uns que les autres. Finalement l’intrigue n’est ici qu’un prétexte, le tueur un alibi d’écrivain et c’est la folie des personnages qui nous tient : Adamsberg (commissaire seul dans son monde), Danglard (inspecteur dans son alcool), Mathilde (humaine dans son monde de poisson et de tranches) ou Charles (aveugle dans sa méchanceté). Au final, un livre qu’on oubliera vite après la lecture du prochain mais qu’on ne regrette pas d’avoir lu (aurait-il fait 3 fois plus de page, n’aurai-je peut-être pas écrit cela).

Extrait 1 : Mathilde parle au commissaire Adamsberg de sa notion de tranche hebdomadaire

— Une tranche ?

— À mon idée, lundi-mardi-mercredi, ça fait une tranche de semaine, la tranche 1. Ce qui arrive dans la tranche 1 est d’un genre assez différent de ce qui arrive dans la tranche 2.

— Jeudi-vendredi-samedi ?

— Voilà. Si on regarde bien, on voit plus de surprises sérieuses dans la tranche 1, en général, je dis bien en général, et plus de précipitation et d’amusement dans la tranche 2. Question de rythme. Ça n’alterne jamais, à la différence des stationnements pour voitures dans certaines rues, où pendant une quinzaine on a le droit de se garer, et pendant la suivante on n’a plus le droit. Pourquoi ? Pour reposer la rue ? Pour faire jachère ? Mystère. En tous les cas, avec les tranches de semaine, ça ne change jamais. Tranche 1 : on s’intéresse, on croit à des machins, on trouve des trucs. Drame et miracle anthropiques. Tranche 2 : on ne trouve rien du tout, on apprend zéro, dérisoire de la vie et compagnie. Dans la tranche 2, il y a beaucoup de n’importe qui avec n’importe quoi, et on boit pas mal, alors que la tranche 1, c’est plus important, c’est évident. Pratiquement, une tranche 2, ça ne peut pas se rater, ou disons que ça ne tire pas à conséquence. Mais une tranche 1, quand on la bousille comme celle de cette semaine, ça fout un coup. Ce qui s’est passé aussi, c’est qu’au café, c’était de la palette aux lentilles au menu. La palette aux lentilles, ça me fout le bourdon. C’est la désespérance. Et ça, en pleine fin de tranche 1. C’était pas de chance, cette foutue palette.

— Et le dimanche ?

— Alors là, le dimanche, c’est la tranche 3. À elle seule la journée compte pour une tranche complète, c’est dire comme c’est grave. La tranche 3, c’est la débandade. Si vous conjuguez une palette aux lentilles et une tranche 3, en vérité il n’y a plus qu’à mourir.

Extrait 2 : Mathilde propose un appartement à Charles, aveugle.

— Tandis que moi ça m’arrange, un aveugle. Mes travaux sur l’épinoche, le grondin volant et l’ange de mer épineux surtout, m’ont payé trois appartements, les uns au-dessus des autres. La vaste famille qui occupait le premier et le troisième étage, c’est-à-dire l’Ange de mer et l’Épinoche, est partie. Moi, j’habite au deuxième, au Grondin volant. J’ai loué l’Épinoche à une drôle de dame, et j’ai pensé à vous pour occuper l’Ange de mer épineux, enfin le premier étage si vous préférez. Je ne vous le louerai pas cher.

— Pourquoi pas cher ? J’ai envie d’y jeter un œil, dit Charles en souriant et en portant la main à ses lunettes. Je crois que ça me va très bien, un ange de mer épineux très sombre. Mais si je dois l’habiter, je veux connaître les mœurs de cette poiscaille, sinon mon propre appartement me prendrait pour un imbécile.

— C’est facile. Squatina aculeata, poisson migrateur, peuplant les fonds meubles côtiers de la Méditerranée. Chair assez fade, diversement appréciée. Nage comme les requins en godillant de la queue. Museau obtus, narines latérales, plus ou moins frangées. Évents amples, semi-lunaires, bouche armée de dents unicuspides à base élargie et passons sur le reste. Brun marbré de sombre avec taches claires, un peu comme la moquette de l’entrée, si vous voulez.

— L’animal pourrait me plaire, Reine Mathilde.

Extrait 3 : discussion entre Adamsberg et son inspecteur.

— C’était le cas, Danglard. J’ai rencontré l’amant. C’est bien le type de la photo. C’est vrai qu’il a des proportions géantes et un cerveau insignifiant. En plus il est herbivore et il en est fier.

— Végétarien, proposa Danglard.

— C’est cela, végétarien. Il dirige une agence de publicité avec son frère, également herbivore.

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