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Titre : La vieille qui ne voulait pas mourir avant de l’avoir refait

Auteur : Magot D. Marguerite

Éditeur : La Manufacture de Livres

« Il faut toujours que ce qui te protège ne te coupe pas de l’extérieur ».

C’est d’abord l’histoire très courte d’une pute qui veut s’émanciper de son mac et de la mafia, qui se fait choper et qui meurt rouée de coups devant ses copines putes, juste pour l’exemple.

C’est ensuite l’histoire plus longue d’une de ses amies putes qui s’enfuit et essaye d’échapper, au secret, à la drogue avec l’aide de son frère, de sa grand-mère et d’un médecin juif sans le sou radié de l’ordre pour alcoolisme qui veut monter un spectacle de claquettes renversant de modernisme.

C’est encore l’histoire de la grand-mère qui va se lancer dans une vendetta personnelle et sanglante avec son petit-fils à la suite de l’assassinat de sa pute de petite-fille et de sa belle-fille. Mais ce n’est pas n’importe qu’elle grand-mère : c’est une révolutionnaire dans l’âme et dans les faits, une anarchiste de première qui a été de tous les combats français mais toujours de l’autre côté de la barrière, contre son pays, vil colonisateur. Et ce livre de convoquer tous les fantômes des grands noms révolutionnaires à travers le monde et l’histoire.

C’est enfin l’histoire des petits arrangements et des grandes trahisons dans l’univers des mafieux de tous poils, des branques, des maquereaux, des dealers, des revendeurs d’armes, des trafiquants et des flics véreux. Concernant ces derniers, l’expression « le ver est dans le fruit » est largement dépassée tant ce qui reste du fruit est pourri.

C’est un livre où des salauds très salauds et frapadingues torturent et flinguent des innocents pas si innocents qui souffrent et meurent et où des innocents pas si innocents torturent et flinguent des salauds très salauds et frapadingues qui souffrent et meurent.

Le livre fonctionne un peu comme un combat de boxe où des chapitres très courts, parfois moins d’une page, version uppercuts, alternent avec des chapitres qui prennent un peu plus le temps, version rounds d’observation.

On ne peut s’empêcher de faire un lien avec un autre livre chroniqué précédemment : « La politique du tumulte » de François Médéline dont on ne dira, encore une fois, jamais assez de bien. « La vieille dame… », toutefois, n’aborde que partiellement les rapports de la politique avec le monde mafieux en tout cas sans l’ancrer dans une réalité politico-historique récente et reconnaissable. On y retrouve malgré tout les notions de barbouzes tirant les ficelles dans des sphères hermétiques, de flics ripoux et tellement ambitieux qu’ils pourraient se vendre eux-mêmes si cela devait faire avancer leurs carrières, de truands malades mentaux obsédés sexuels et pervers, de règlements de comptes sanglants, d’œil de Moscou qui plane au-dessus de tout le monde surveillant et épiant tout ce qui se passe sans espoir d’intimité pour qui que ce soit. Là où « la politique… » prenait un malin plaisir à ne nouer les deux fils conducteurs de l’histoire qu’à la fin, « la vieille dame… » par contre ne s’embarrasse pas de tant de précautions et nous fait entrer pieds au plancher dans une narration directe qui ne faisait pour autant pas défaut à « la politique… ».

C’est tout à la fois enlevé et humoristique mais noir et tortueux. C’est une galerie de personnages tous plus ou moins déphasés avec chacun ses fissures et ses zones d’ombres et de cassures et où, vous l’aurez compris, il n’y a pas de place pour un happy ending hollywoodien même si une certaine morale semble vouloir être respectée contre vents et marrées.

Sans donc aller jusqu’à crier au génie, cette « vieille dame… » est un livre âpre mais « distraisant » (treize ans minimum et encore !) à ne pas mettre entre toutes les mains.

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