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sombre complice

Titre : Sombre complice

Auteur : Jim Nisbet

Éditeur : Rivages/Noir

C’est un roman très court (moins de 200 pages) qui ne me laisse pas un souvenir aussi impérissable que le « Codex de Syracuse ». On y retrouve moins d’humour, un style que je trouve moins percutant. Peut-être est-ce aussi dû au fait que l’auteur aborde son histoire sous l’angle d’une certaine quotidienneté, d’une certaine banalité de la vie (certes toute relative).

En substance, l’auteur nous offre d’observer le basculement tragicomique de la vie d’un quidam (Rolf Banerjhee) dont la vie n’a rien d’extraordinaire :

  • Une formation de chimiste
  • Un boulot à San Francisco dans un groupe pharmaceutique passé des mains physiques de ses créateurs aux bras compresseurs de plusieurs fonds de pension qui à force de supprimer tout ce qui coûtait de l’argent a fini par ne laisser qu’une coquille vide mais source de bénéfices
  • Un licenciement à 45 ans
  • Une impossibilité à retrouver du travail
  • Une petite vie vide de chômeur comblée par des lectures scientifiques et du jardinage
  • Une femme aimée et aimante
  • Un fils qui suit des études de chimie loin, à Chicago

Et puis survient le couac : Rolf a un voisin. Rien de plus normal en apparence, mais rien de plus étrange que ce voisin-là qui sera à l’origine du chamboulement de la vie de Rolf. Car Rolf va aller chez ce voisin. Rien de plus anodin que de rendre visite à son voisin, mais rien de plus dramatique en l’occurrence pour Rolf.

Sur les quelques 200 pages du livre, Nisbet va mettre environ 70 pages à nous proposer sa scène de présentation de l’histoire. Et c’est peut-être là toute l’originalité de ce livre et, revers de la médaille, sa faiblesse. Le livre se décompose grosso modo en 3 tiers de qualités inégales :

  • 1/3 d’introduction sur la vie de Rolf avant le basculement avec pour thème grossier les méfaits du capitalisme
  • 1/3 de description sur le basculement de la vie de Rolf où Nisbet évoquera la fonction des médias et le brouillage des ondes autant que des consciences (manipulations, drogues,…)
  • 1/3 de narration sur la vie de Rolf après le basculement accompagné de ses « rêveries scientifico-relativistes »

Force est de constater que l’intérêt du livre augmente à chaque tiers… encore faut-il passer la première étape.

L’approche globale de Rolf est assez amusante dans la mesure où sa formation scientifique le pousse à s’intéresser à des considérations astronomiques bien éloignées de l’aspect terre à terre de la vie de tous les jours. En quelque sorte, Rolf aborde scientifiquement non pas la relativité d’Einstein mais celle de la Vie par rapport à ses petits tracas ou aléas. Rolf reste toutefois un être commander par la logique, pure, froide, implacable qui le forcera somme toute très naturellement à accepter ce qui lui arrive et à en tirer toutes les conséquences.

Ce livre est un véritable diesel : un démarrage lent, un milieu qui accélère et une fin que rien ne peut arrêter…

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