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couperet

Titre : Le couperet

Auteur : Donald Westlake

Éditeur : Rivages/Noir

On m’a, à plusieurs reprises, vanté l’humour d’un Donald Westlake. Force est de constater qu’a priori (je n’ai lu qu’un seul livre de Westlake à ce jour), cet homme est doté de plusieurs niveaux d’humour. Autant le dire tout de suite, on n’est pas ici en présence d’un humour style « franche rigolade » et « je me tape les cuisses tellement c’est drôle » (le style burlesque correspondrait plus à la série des « Dortmunder »… à confirmer). C’est un humour grinçant, sournois, ironique et subtil.

Burke Devore est un bon père de famille sans soucis jusqu’au jour où le capitalisme rampant, les coupes budgétaires, les concentrations industrielles et les plans sociaux le laissent sur le carreau. S’ensuivent deux ans de chômage, une arrivée en fin de droits, une situation financière précaire, une instabilité psychologique et une crise de couple. Le livre de construit au « je » et nous nous retrouvons dans la peau et dans la tête de Burke pour suivre son « plan » en vue de retrouver un job…

Si les thèmes du chômage, de la désindustrialisation et des méfaits du capitalisme à tout va ne sont pas absents du livre, on ne peut pas non plus dire que Westlake se livre à réquisitoire anticapitalisme ou anti-patronat. Il le fait en tout cas, comme il distille son humour, de façon subtile ne se servant de ces thèmes que comme prétexte à son propos.

L’ironie se situe plus dans le raisonnement de Burke et dans le fameux plan qu’il a imaginé pour dégoter un nouveau travail et surtout la confrontation de ce raisonnement et de ce plan face à une certaine morale ou disons face à une certaine bienséance. Le style de Westlake donne aux exactions de Burke un vernis de légitimité tout à fait déplacé mais tout à fait crédible auquel on ne peut échapper. C’est en cela que Westlake est sournois : nous faire passer des monstruosités pour de la simple survie en milieux hostile. Mais n’est-ce pas justement cela, le chômage et le monde du travail, un milieu hostile ?

Beaucoup moins crédible par contre, Burke commet ses premières exactions sans aucune conséquence, sans aucune intervention des forces de polices qui plus est sans aucune préparation sérieuse et sans précaution particulière… à la bonne fortune du pot… en amateur du genre, en non averti… bref à la va comme j’te pousse ! alors qu’on nous vante les méthodes de la police scientifique à longueur de série télévisée. Cette absence criante de crédibilité n’est pas préjudiciable à la narration et la véritable question qui reste pendant la lecture du livre, lecture au demeurant très agréable, est de savoir si oui ou non Burke s’en sortira.

J’avoue sans peine avoir eu plus envie qu’il s’en sorte plutôt qu’il se fasse alpaguer par les forces de police. Peut-être bien ai-je eu assez d’empathie pour Burke pour lui souhaiter de rester impuni même s’il fait preuve d’une perversité et d’une atrocité (d’un professionnalisme, oserai-je dire) criminelles croissantes tout au long du livre. Le capitalisme aveugle est amoral ? Que la morale et le happy end soient donc bannis de cette histoire ! Je me garderai pourtant de vous dire si j’ai été déçu ou non par la fin, je ne voudrai pas vous gâcher votre lecture.

Mon bémol sur ce livre tient en peu de chose : la banalité dans laquelle Westlake veut nous entraîner influence parfois son style et notre lecture en rendant quelques passages un peu longuets et on en perd l’utilité ou le côté indispensable à la narration. Mais ce petit détail, s’il m’empêche de crier au génie, ne m’autorise pas à vous déconseiller ce livre…

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