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back up

Titre : Back up

Auteur : Paul Colize

Éditeur : La Manufacture de Livres

Avertissement : le narrateur a le très mauvais goût de commencer par vouer un culte aux Beatles puis d’apprécier U2 mais, rassurez-vous, ce n’est que passager ; il s’en détournera fort heureusement pour préférer les Rolling Stones, plus constants dans leur approche du rock et qui n’ont pas sacrifié à la mode d’une musique plus « dégoulinante »… L’honneur est sauf !

Tu veux ou tu veux pas ?

J’avoue mon impuissance à décider si j’aime ou non ce livre…

Certains font des livres en trois parties successives, d’autres écrivent trois récits, mettent chaque récit en chapitres et chaque chapitre en fiches, mélangent ces fiches comme autant de cartes d’un jeu de réussite et les retournent une à une. Le résultat peut paraître brouillon et/ou cafouilleux mais ce sentiment disparait mais pas forcément aussi vite qu’il est apparu, le temps de repérer les différentes parties et d’en trouver le fil conducteur. Encore faut-il pour cela que l’auteur accepte de dévoiler ce dernier ne serait-ce que petit à petit pour que le lecteur ait l’impression de comprendre la structure du livre et l’histoire.

Back up ressemble plus à un roman musical avec une trame policière qu’à un roman policier avec une trame musicale. C’est l’aspect du livre que j’ai adoré… et celui qui sauve à mes yeux le livre.

De quoi les trois récits sont-ils l’expression ?

  1. Il y a tout d’abord la narration d’évènements qui se sont déroulés en 1967, autour d’un groupe, « Pearl Harbor », et de ses membres qui meurent, puis de l’enquête menée par un journaliste
  2. Il y a ensuite la relation très « clinique » du séjour hospitalier d’un homme plongé dans un coma profond suite à un choc avec une voiture. Nous sommes en 2010.
  3. Il y aussi et surtout l’expression d’un homme, de sa naissance à son âge adulte en passant par la découverte de la musique (du rock) et de la vie et par l’apprentissage de la batterie et de la sexualité. Cette partie, en italique, fonctionne comme un journal intime.

Si le fait que 3/ sont les pensées de 2/ est assez vite et très clairement établi, l’auteur tarde pour ménager le suspense à donner des indices sur le lien avec 1/ même si la couverture du livre (magnifique au passage) donne des indices indiscutables.

L’auteur n’aurait-il pu écrire que le troisième récit ?

Tous les récits ne se valent pas, loin de là et leur intérêt propre change entre les deux parties du roman : le récit #1 est tout d’abord sporadique et ne fait avancer l’énigme entourant la mort des membres du groupe Pear Harbor que cahincaha tandis que le récit #2 est, pour un lectorat non médecin, un peu trop plombé par les termes techniques et au fil des pages ne semble rien apporter à l’histoire avant de prendre une place un peu plus intéressante avec l’arrivée de Dominique et que le récit #3, sorte de biographie-témoin du musico de base – alcools, drogues, sexe, galère financière, marginalisation, vie underground, recherche de groupes, absence de reconnaissance et de succès, démêlés policiers,… –, est la plus intéressante de la première partie du livre avant de se tasser dans la seconde partie.

Le livre n’est pas à proprement parler scindé en deux mais une rupture claire intervient dans la narration quand l’auteur accepte de nous dévoiler l’intérêt du premier récit qui n’intervient qu’au bout de la moitié ou des 2/3 du livre, quand il rejoint le troisième récit, à peu près au même moment où le second récit, inintéressant jusque-là, les rattrape à son tour.

Chaque ficelle de l’histoire s’illumine et brille alors devant les yeux du lecteur, chaque récit trouve donc sa juste place mais qu’il fut tout de même laborieux d’y arriver.

Que reste-t-il ?

Au final ce livre est plutôt pas mal dans l’ensemble même s’il est déséquilibré avec une première partie poussive qui tire un peu trop en longueur et sauvée par le récit de la vie de notre batteur maudit et une seconde partie où les pièces du puzzle prennent leur place et s’emboîtent enfin pour rendre au récit la cohésion qui lui faisait jusque-là défaut. Le récit du journaliste en 1967 et la partie se déroulant « dans » la clinique en 2010 prennent par contre alors le pas sur le récit autobiographique du batteur qui perd en attrait purement narratif ce qu’il gagne en éclaircissements de l’histoire.

Les théories du complot, particulièrement véhiculées par des esprits fragiles et marginaux allant de pair avec l’abus de psychotropes plus ou moins forts, se défendent ou pas, intéresseront ou pas mais il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain : le plaisir de se replonger dans des références musicales connues ou inconnues et dans cette vie tellement étrangère à la plupart des nôtres, de s’imaginer que la musique est dotée d’une puissance et d’un pouvoir sans limites et de se laisser aller au rêve d’avoir accompagné la naissance du rock ne doit pas se bouder.