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Dernier des treize

Titre : Le dernier des treize

Auteur : Mercedes Deambrosis

Éditeur : ELB

Rappel : un petit mot au préalable sur cette collection des Editions La Branche « Vendredi 13 ». 13 auteurs qui écrivent 13 livres autour du vendredi 13 et de la mise en jeu de la vie du personnage principal. Parmi les auteurs : Bordage, Pouy ou Chamoiseau…

Ça commence un peu comme « Mes meilleurs copains » : 13 anciens amis, du temps d’une adolescence militante oubliée, à caractères variés et bien trempés (l’alcoolique, le coléreux, la superstitieuse,…), se sont éloignés les uns des autres et se retrouvent à l’occasion de l’enterrement d’un des leurs. Puis ça continue comme un roman noir : 13 jours plus tard, ils se retrouvent pour l’enterrement d’un deuxième « camarade ». Les morts vont ainsi s’enchaîner tous les 13 jours… comme une malédiction, comme une sentence divine… comme les témoins d’un passé un peu trop vite oublié dans lequel ils avaient payé un tueur à gages pour qu’il les élimine un par un s’ils venaient à trahir leurs idéaux.

C’est un huis clos un peu particulier auquel nous convie Deambrosis mais des moins intéressants. C’est un huis clos dans la mesure où tout tourne autour de ces 13 personnages qui meurent petit à petit, c’est un huis clos dans la mesure où toutes les victimes se connaissent, se côtoient et travaillent dans la même entreprise. C’est un peu plus qu’un huis clos parce que tout ne se passe pas exclusivement au sein de cette entreprise.

C’est un livre sur le renoncement. Le renoncement à ses idéaux de jeunesse bien entendu mais cela va au-delà. Quand enfin, page 204, le narrateur (une des treize victimes et donc forcément le dernier des treize, sinon comment pourrait-il raconter cette histoire ?) semble esquisser une velléité de réaction face aux meurtres, c’est après 7 morts et immédiatement avant de conclure que c’est vain et impossible.

C’est aussi le renoncement à une bonne grosse dose d’humanité dans les relations, entre ces 13 personnes, entre ces 13 salariés et leur employeur. L’employeur, ce suppôt de Satan, qui voit dans la disparition de ces 13 vétérans de l’entreprise l’occasion d’économiser sur les indemnités de départ et de les remplacer par des jeunes beaucoup moins chers.

C’est donc un livre sur le cynisme, sur la réalité et la brutalité de la vie qu’on se prend dans la gueule sans les avoir vues venir.

Un petit mot sur deux personnages clefs du livre : l’inspecteur Louis-Edouard Dudeuil et Mme Kraminski.

Le premier est une espèce d’aristocrate décalé, inspecteur par défaut et par manigance du papa préfet, figure paternelle détestée et détestable, le seul de la famille a pourtant avoir l’air d’avoir la tête sur ses épaules. Dudeuil s’empare de cette affaire comme d’une bouée de sauvetage, de revanche et de vengeance sur la personne de son père.

La seconde représente ce que la société peut produire de plus arriviste et opportuniste, de plus implacable. C’est la Mme Loyale de l’entreprise, la face visible de la Direction, le recto de l’autorité.

Deambrosis se garde bien de se lancer dans une explication du comment et du pourquoi. Parce que ce serait dénaturer la nature et le propos même de son livre : il arrive des choses parce qu’elles doivent arriver et que l’inéluctabilité de la mort est un principe immuable. La seule chose qu’il nous reste est le choix du chemin pour y arriver et dans ce combat, il y a les forts et les autres.

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