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voleurs comme nousTitre : Des voleurs comme nous

Auteur : Edward Anderson

Éditeur : La Manufacture de Livres

On retrouve une thématique proche (pas de « hou », j’ai dit proche, je n’ai pas dit identique) du Dennis Lehane, à savoir les gangsters dans les années 30, mais un style totalement différent. Là où Lehane prend le temps de poser ses personnages et de dérouler son intrigue dans un enchaînement de scènes tout ce qu’il y a de plus logique, Anderson va droit au but et ne s’embarrasse pas de fioritures ni de circonvolutions.

Un point commun assez étonnant réuni toutefois ces deux œuvres à quelques 75 années d’écart : les truands n’amassent pas l’argent, que ce soit par braquage de banques comme chez Anderson ou via le trafic d’alcool pendant la prohibition comme chez Lehane, mais parce que c’est juste leur style de vie, c’est simplement leur raison d’être. Mais cette raison d’être les pousse étrangement à vouloir faire le bien autour d’eux. Ce n’est pas l’argent mais l’excès d’argent qui leur brûle les doigts et ils l’emploieront chez Anderson à rendre la vie de leurs proches meilleure et chez Lehane à rendre la vie des autres meilleure via des œuvres caritatives. Une certaine humanité et une certaine philanthropie réunissent les personnages des deux livres.

Dans « Des voleurs comme nous », trois truands, petites frappes sans bande en dehors de la leur, s’évadent de prison et, pendant leur cavale, braquent des banques. Ils sont bourrés de « bons » principes du style « dès que j’ai 5.000 dollars, j’arrête », « encore une banque et je vais m’installer peinard dans un coin ». Sauf que des dollars, ils n’en ont jamais assez sauf à rencontrer une nana qui leur donnera le goût d’autre chose, de se ranger des voitures. Sauf qu’il y en a un qui compte les banques qu’il a attaquées, qu’il en est quand même déjà à trente et qu’il continue à les égrainer façon petit poucet. Sauf que… il y a toujours une bonne raison pour arrêter le lendemain…

Des voleurs comme eux, il y en a plein. Il y en a, inexpérimentés mais qui font partie du même monde, qui veulent les imiter. Il y en a d’autres, plus transparents, plus invisibles. Anderson y alpague, par ordre d’apparition, les banquiers, les flics, les pharmaciens, les politiciens, les médecins et pour finir les capitalistes.

Outre la critique d’une Amérique qui a subi de plein fouet la crise économique à cause des banquiers (tiens, l’histoire ne ferait ainsi que de se répéter ?…), Anderson dresse également un portrait peu flatteur de cette Amérique profonde et rurale qui a engendrée des personnages aussi bêtes que méchants et dont les tentatives pour se ranger des braquages sont aussi pathétiques que vaines.

Les phrases sont courtes et percutantes comme la culasse du pistolet au moment du tir ou acérées comme un cran d’arrêt. Le style est fait de cassures dans les scènes qui tantôt ne vont pas au bout de ce qu’elles ont à raconter et tantôt sautent du coq à l’âne.

Cela rend la lecture de ce court ouvrage, 200 pages, un plus ardue que d’autres. Il demande une concentration un peu plus grande car on navigue entre… ben on ne sait justement pas trop entre quoi. Entre récit d’une fuite éperdue en avant et récit d’amours impossibles ? Entre critique de la société bien-pensante et critique de la bêtise humaine ? Entre critique du rat des villes ET critique du rat des champs ? Un peu de tout cela à la fois…

Philippe COTTET sur son blog (Le Vent Sombre) en parle comme d’un « immense roman américain qui mérite notre exigeante attention ». Les termes sont bien choisis : mérite et exigence…

Addendum : le même Philippe COTTET m’a fait remarquer que je passais sous silence l’histoire d’amour entre Bowie et Keechie, plat principal du menu… Et voulant lui répondre, je me suis rendu compte qu’il n’avait pas tort. Sauf que cette histoire d’amour est le maillon faible de Bowie parce qu’elle le déconcentre de son objectif premier, survivre. Tout comme chez Lehane où la première histoire d’amour de Joe Coughlin a été à l’origine de ses premiers déboires, celle de Bowie avec Keechie l’entraînera vers sa perte et celle de sa copine. Chez Anderson, l’histoire d’amour est plus faible que l’amitié, en tout cas chez Bowie qui ne se sert de sa volonté de fuir au Mexique pour protéger Keechie que pour mieux justifier le fait d’aller faire évader son pote emprisonné.

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