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crimes de seine

Titre : Crimes de Seine

Auteur : Danielle Thiéry

Éditeur : Rivages/Noir

Paris, février 2013, des trombes d’eau s’abattent sur la capitale qui va connaître sa crue du XXI° siècle, pire que celle de 1910 que peu d’entre nous peuvent se targuer d’avoir vécu… Edwige Marion, commissaire et personnage récurrent de Danielle Thiéry, est laissée pour morte aux abords de la Gare du Nord en compagnie du corps de l’indic avec qui elle avait rendez-vous. La brigade d’Edwige va prendre l’affaire en main pour retrouver l’assassin en surnageant au milieu, en vrac, des pluies diluviennes, des rivalités entre services de polices, des procédures et des détournements des procédures…

Entre la galerie des instances judiciaro-policières et celle des nombreux protagonistes de l’histoire, Danielle Thiéry nous dresse un tableau apocalyptique d’un Paris qui sombre dans le chaos pluvieux et fait admirablement monter la tension, un peu comme l’eau qui submerge petit à petit la ville. La sphère policière est pleine de turpitudes, un peu comme la vie et un peu comme les êtres humains confrontés à la crue et à leurs faiblesses.

Danielle Thiéry a été commissaire et cela se ressent. Les descriptions des scènes, les dialogues, les attitudes des personnages sentent bon le vécu, à la limite du documentaire. Le style est direct et les échanges entre les personnages sont efficaces.

La question du « qui » est assez rapidement balayée et si le lecteur n’est pas submergé de certitudes, le faisceau d’indices concordant, ben, concorde justement et celui qu’on en vient à suspecter est bien coupable… restent les questions du « comment » et surtout du « pourquoi » dont il faudra attendre la fin pour pouvoir en lever le voile.

L’auteure mélange habilement les évènements liés à la crue du siècle et au mystère qui entoure la situation de son commissaire. Le livre est suffisamment bien ordonné et bien écrit pour que l’absence a priori de lien entre les deux situations ne gênent pas le lecteur. Il est des livres où le flou « artistique » entretenu par l’auteur égare et lasse le lecteur. Point de lassitude ici, où rien n’est ni tout blanc ni tout noir.

L’auteure semble tout de même avoir avec la filiation une relation compliquée si ce n’est morbide :

  • Son héroïne a une fille : elle l’a adoptée
  • La préfète a un fils : drogué, en couple avec une toxicomane en état de manque avancé, il tue son amie
  • Deux des adjoints d’Edwige Marion sont pur l’une lesbienne et pour l’autre homo : pas de filiation possible
  • Et je ne vous raconte pas la famille d’Amaury Guerry des Croix du Marteroy (aussi appelé Guerryetc. dans le roman), l’adjoint d’Edwige Marion…

Le livre regorge de petites phrases qui font mouche. Deux exemples :

Page 235, Anne Morin, préfète, en charge de la gestion de la crue à Paris, est en conversation avec le préfet de police et l’envisage de façon très imagée : « Etait-il angélique, machiavélique ou plus stupide qu’un troupeau de ruminants ? ».

Page 305, Valentine Cara évoque les aïeuls du commissaire adjoint d’Amaury Guerry des Croix du Marteroy et puis les siens, moins nobles : « Du côté de Moustey, son village natal enfoui dans la forêt landaise, les vieux avaient coutume de rigoler au café en affirmant qu’elle était née d’un père inconnu et d’une mère trop connue. »

En résumé un très très honnête livre pour un moment de lecture très très agréable. L’histoire se poursuit dans « Le jour de gloire », livre et chronique à paraitre.

Pour passer de la fiction de la crue centennale à la réalité :

Une carte comparative crue 1910/crue à venir :

crue 1910

Et quelques niveaux atteints pas la Seine (statue du zouave du pont de l’Alma) :

crue zouave