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Titre : Mad dogs

Auteur : James Grady

Éditeur : Rivages/Noir

Cela commence comme un Dortmunder, comme un truc qui pourrait être drôle : cinq ex-agents de la CIA sont internés dans un asile psychiatrique secret. Ils sont chacun devenus fous après une mission, qui en Irak, qui en Malaisie, qui en Afrique, qui au Vietnam… Leur psychiatre se fait assassiner dans leur unité ultra sécurisée, ils seront forcément accusés sans moyens de se défendre sauf à s’évader et à mener leur propre enquête. Cinq fous, as de la gâchette, de l’infiltration, de la guérilla, de…, lâchés dans l’Amérique, totalement branques et en manque de médicaments, cela peut être l’occasion d’une franche rigolade.

Mais Grady nous prend, nous, par surprise et la narration à rebrousse-poil. Au milieu de la fuite de nos cinq tarés pas si fous que ça et de leur recherche de la vérité, il nous livre les histoires écornées, terribles et traumatisantes de ses cinq héros. Et le lecteur, de temps en temps perdu dans un style parfois décousu mais collant parfaitement aux propos de l’auteur et empreint d’une grande humanité dans le sens où ils mettent en avant l’homme avant la Nation, dans le sens encore où les agents ont perdu pied pour avoir été humains dans leurs missions pour maintenant écarter cette humanité pour faire jouer leur ancien professionnalisme, se perd dans les méandres de la réalité et de la vérité sans vraiment savoir où se situent les limites de chacune d’elles. La réalité est à double tranchant et la vérité à multiples facettes.

« Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », chantait Jean Yanne ironiquement. C’est sur un ton tout aussi grinçant que Grady nous livre une partition où tout le monde il est laid, tout le monde il est méchant mais tout le monde se garde bien de le montrer. Chacun en a plus ou moins conscience et la pléthore d’officines secrètes américaines se chargent bien de nous le cacher le mieux qu’elles peuvent. Il doit en aller de même à travers le monde.

« Mad dogs » est donc un livre âpre, sombre et touchant par la personnalité à la marge des héros qui évoluent tels des funambules dans un monde sensé être sain par rapport à eux qui sont fous quand bien même ils croisent des ripoux, des taupes, des tenanciers de sex-shop, un père un peu secoué et pas seulement par la mort de son fils, une secrétaire d’une entreprise de location de boîte postale qui ne s’intéresse qu’à elle (et encore, elle fait « genre », c’est dire qu’elle n’est même pas elle-même…),… bref une galerie de personnages secondaires (et parfois tertiaires) qui peuvent paraitre tous plus fous les uns que les autres et surtout que nos aliénés en goguette !

Une réussite que ce roman dans lequel il n’est toutefois pas évident de plonger : il faut savoir faire preuve de persévérance, la mayonnaise peut prendre à n’importe quel moment.

C’est aussi un livre très poétique avec des phrases telles que celle-ci tirée de la page 255 : « On suivit un chemin sablonneux à travers le silence d’un trop grand nombre de choses à dire ».

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