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vengeance de beaudelaire

Titre : La vengeance de Baudelaire

Auteur : Bob Van Laerhoven

Éditeur : MA Edition

Le commissaire Lefèvre et l’inspecteur Bouveroux enquêtent sur une série de meurtres dont le point commun est la présence d’un extrait de poèmes de Baudelaire, écrits de la main même du poète, abandonné par l’assassin.

Roman fouillis dans lequel l’auteur veut mettre trop de choses : un peu de fantastique à la Edgar Allan Poe, un peu de poésie à la Baudelaire (autant dire que c’est joyeux !), un peu de barbarie avec des souvenirs du séjour au Maghreb du commissaire et de son ami inspecteur et les prémices de la guerre de 1870, un peu de sexe avec les maisons closes, les penchants un tantinet pervers du commissaire (et d’une bonne partie de ce qui reste d’aristocratie), un peu de modernité avec une kyrielle d’inventions (à l’époque, les voitures, cinématographes et autres ne sont que des élucubrations d’illuminés pseudo-scientifiques), un peu de lutte des classes avec l’aristocratie vacillante, la bourgeoisie et le bon peuple de gauche qui gronde…

La qualité d’un écrivain (on parle de polar/thriller, là) réside dans son habilité à saisir, à montrer et à diriger plusieurs fils narratifs (les bons et les mauvais, les fausses pistes et les vraies, les plausibles et les pas crédibles,…), de les faire se rencontrer, d’en abandonner éventuellement certains mais le tout dans une logique d’ensemble. C’est cette logique que je n’ai pas trouvé ici : des fils apparaissent, un peu comme un cheveu sur la soupe, des choses se passent sans qu’on puisse les relier dans la trame générale du récit. Vers la page 200, apparaissent ainsi, sur deux pages, des tsiganes dont on ne sait ce qu’ils viennent faire là et dont on ne sait s’ils sont amenés à revenir dans le récit. Le récit fourmille d’évènements et de scènes qui arrivent on ne sait trop comment et surtout on ne sait trop pourquoi. Un peu avant le dénouement, Bouveroux disparaît corps et âme sans que cela inquiète son ami et néanmoins collègue Lefèvre et sans que ce dernier ne tente quoi que ce soit pour le retrouver. Même Sherlock Holmes développait plus de sentiments pour le bon docteur Watson, c’est dire !

En parlant d’enquêteur… Il n’y a pas vraiment d’enquête. Le commissaire progresse plus par le truchement de ses propres erreurs ou de celles du meurtrier que par son raisonnement et ce sont les protagonistes eux-mêmes qui vont lui révéler de quoi il retourne. Tout juste à la fin fera-t-il preuve d’un peu de sagacité en dénichant la cachette d’un des protagonistes des meurtres mais le lecteur ne saura jamais comment il y est arrivé, l’auteur nous gratifiant d’un laconique, péremptoire et réducteur « c’est mon métier de retrouver les gens ».

Les quelques extraits de poèmes de Baudelaire, en dehors du fait de furieusement donner envie de les (re)lire, n’apportent rien. On se prend au début à s’imaginer un sens caché, un message que personne n’avait décrypté avant. Et puis rien. Il en va ainsi également de la guerre contre la Prusse et le contexte historique : la France est envahie, les loups vont bientôt entrer dans Paris et les communards sont là. La belle affaire… le récit s’inscrit dans cette trame sans toutefois parvenir à s’y mêler sauf par une des nombreuses pirouettes qui servent à l’auteur à concocter plusieurs finales qui vont tour à tour se contredire et se confirmer (si, si). Le style de l’auteur est ainsi bizarrement marqué par une dualité constante comme s’il mettait toujours ses assertions sur une balance qui ne choisirait jamais son camp. Les personnages sont constamment pris d’une idée et de son contraire… le tout à l’envi.

Glauque. Sinon, ce récit est aussi glauque. Van Laerhoven y injecte une dose importante d’éléments en rapport avec le sexe. En soit, pourquoi pas, je ne suis pas contre. Mais il impute la déviance de son meurtrier à sa bisexualité : un corps de femme avec un sexe d’homme, la  meurtrière a été rejetée, élevée par des Ursulines pour le moins pas très catholiques… Pourquoi ce besoin de devoir noircir, diaboliser ainsi l’acte criminel ? Pourquoi cette surenchère ? On se dit qu’elle doit au moins correspondre à l’époque…

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