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échappée

Titre : L’échappée

Auteur : Jim Thompson

Traducteur : Pierre Bondil

Éditeur : Rivages/Noir

Autant le dire tout de suite : voilà du roman noir psychologique où les méchants ne font pas que tirer dans tous les coins. Ils le font, bien sûr, ils sont un peu frapadingues, évidemment mais ce qu’il y a de foutrement bon avec Thompson c’est que ses personnages sont bien plus que cela.

Dans « L’assassin qui est en moi », nous côtoyions un shérif à tendances meurtrières. Ici, c’est un peu l’inverse : nous suivons un couple de gangster à tendances morales (toutes relatives, il va sans dire).

Doc McCoy est un malfrat ce qu’il y a de plus normal : 10 ans de tôles, une liberté conditionnelle, puis une rechute de 20 autres années avec une remise de peine qui lui permet de sortir au bout de 4 ans, de profiter de sa femme et complice de 14 ans sa benjamine et bien entendu de remonter un coup. Parce qu’il faut bien rembourser le juge des remises de peine qui a permis sa sortie de prison et assurer le train de vie d’un couple en cavale… Il a ainsi préparé un braquage de banque dans lequel il n’intervient qu’à distance,  tue ou fait tuer ses complices et s’enfuit avec sa femme.

Mais Doc McCoy n’est pas un malfrat tout ce qu’il y a d’ordinaire. Pour commencer, il ne l’est pas de naissance. Son père, shérif, lui a inculqué de bons principes moraux, les meilleurs : on ne doit jamais décevoir ses amis. C’est pour cette raison qu’ayant engrangé quelques dettes en vivant à crédit, Doc McCoy envisage ses premiers « coups » comme la solution pour rembourser ses amis. C’est donc par excès de morale qu’il devient gangster. Vous suivez le raisonnement ? Il est limpide, il est parfait, il est lumineux. Merci Jim ! Ensuite, Doc, pour direct et brutal qu’il soit, n’en est pas moins un malfrat qui réfléchit, qui pense, qui n’aime pas l’improvisation parce qu’elle est source d’insécurité. Alors qu’il est pourchassé par un ex-complice laissé pour mort et par toutes les polices de tous les états traversés !

Thompson réduit au strict minimum les scènes « violentes » : on vise, on tire, on tue, on fuit. Il préfère, et de loin ! et nous ne l’en remercions que plus !, s’attarder sur la psychologie de ses personnages : celle de Rudy, le complice laissé pour mort et qui crie vengeance, celle de Doc, le cador des gangsters, celle de Carol, sa femme arrivée à la truanderie sur le tard, celle du couple qu’ils forment et qui comme un élastique se tend et se détend ou comme deux a(i)mants s’attirent et se repoussent à la fois.

Thompson s’y entend comme personne pour faire monter la pression.

Il y aurait trop de passages à citer pour le faire ici et je ne peux que vous conseiller la lecture de ce roman. Mais je vous invite, si vous suivez mon conseil, à vous délecter, en vrac, de la relation qu’entretien Doc avec un bâton de dynamite, de la scène claustrophobique au possible où Doc et Carol se cachent dans une grotte étriquée, de la scène de la gare et de celle du train dans la foulée, des personnages truculents de la famille Santis… sans parler du final à El Rey, paradis mexicain des fuyards, très artificiel et limite ubuesque qui laisse un goût amer.

Je ne peux également que vous inviter à aller voir deux autres chroniques :

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