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gang clef molette

Titre : Le gang de la clef à molette

Auteur : Edward Abbey (illustré par Crumb et traduit par Jacques Mailhos)

Éditeur : Gallmeister

« Laissons notre pratique informer la doctrine, cela garantira la précision de notre cohérence théorique. »

« Georges, nous ne savons pas exactement ce que nous faisons. Si le vandalisme constructif vire à la destruction, alors quoi ? »

Pas étonnant (se dit Bonnie) qu’il leur faille construire une toute nouvelle centrale pour alimenter une centrale qui se trouvait être la même centrale que celle qui alimentait la construction d’une centrale… »

« Je m’occupe de la vaisselle. Un chirurgien doit toujours avoir les mains propres… plus ou moins. »

Il y a des travaux de traducteurs qui rendent hommage aux versions originales et il y a des versions originales qui rendent hommage au travail des traducteurs dans ce sens qu’elles sont un vrai challenge. A ce titre et au bout de quelques pages seulement, « Le gang de la clef à molette » et sa nouvelle traduction par Jacques Mailhos relèvent sans discussion possible des deux cas de figures sus-présentés.

Un type qui écrit des phrases dont la traduction (en français, si si) produit des mots comme « spastique » et « anapestique » mérite tout notre attention, surtout quand l’adjectif spastique (constitué de spasmes) se rapporte à un immobilisme… Achat du Petit Robert toutefois fortement conseillé (pas le Larousse, hein, ces mots n’y sont pas…).

Plus sérieusement, « Le gang de la clef à molette » est l’histoire de quatre allumés du ciboulot qui vont s’adonner au sabotage industriel. Le grand ordonnateur en charge des finances est Sarvis, dit le Doc. Chirurgien de son état, il se rebelle contre les panneaux publicitaires, les grands, ceux qui enlaidissent les abords des autoroutes. Il est secondé dans sa tâche par son ex-assistante devenue plus ou moins sa compagne à la mort de sa première femme : Miss Bonnie Abbzug. Il y a aussi « Seldom Seen » Smith, mormon polygame en vadrouille perpétuelle plus ou moins magouilleuse dans le cadre d’une activité de canyoning peu lucrative qui partage avec Georges Hayduke une aversion commune pour les barrages hydrauliques et une passion tout aussi commune pour l’alcool même si le premier serait plutôt alcools forts et le second canettes de bière. Hayduke a une manière d’ailleurs toute personnelle de calculer les distances : il chiffre ses trajets automobiles en nombre de pack de 6 canettes !!! Hayduke a également pour traits de caractère, qu’il ne partage heureusement avec personne, une carrière au Vietnam lourde de conséquences ainsi qu’une propension à la violence et au jusqu’au-boutisme qui ne font pas que friser la folie furieuse.

Tout ce petit monde se croise lors d’une descente de rapides. Une soirée au coin du feu suffit à les réunir pour le pire et pour le pire : ils décident de s’associer dans une grande entreprise de déstabilisation industrielle. Entendez par là qu’ils exècrent avant tout l’intervention de l’homme sur la nature. Il suffit de lire sous la plume d’Abbey la description des effets de la construction du barrage (absence de vie, calme mortelle des eaux stagnantes, disparition de paysages féériques,…) opposée à ce qu’était le fleuve impétueux, plein de vie et de fougue avant l’intervention de l’homme pour comprendre où se situe le combat. A ce titre, le choix du vocabulaire est tout à fait pertinent et vise à l’animalisation des machines et de ses utilisateurs et les descriptions des « ennemis » de la nature les dépeignent en une armée de terraformation.

Il ne s’agit pas d’être écolo, après tout la pollution est un levier accepté par ces saboteurs en salopette dans la mesure où jeter les canettes de bière par la fenêtre sur l’autoroute est un acte pollueur certes mais lancé contre l’autoroute pas contre la nature. Il s’agit de respecter un environnement (au sens large) tel qu’il est sans vouloir le soumettre à une quelconque intervention extérieure qui le défigurerait.

Au-delà de quelques passages tout à fait truculents, drôles et totalement jouissifs, le schéma du livre est somme toute assez répétitif et ne semble aller dans le sens que d’un seul message seriné à l’envi… pour aboutir à un constat d’échec où pour une fois Goliath triompherait de David parce que des amateurs à la petite semaine ne sont rien contre une armée de professionnels : on peut gagner une bataille, pas la guerre.

En conclusion : un très bon démarrage, des passages croquignolesques et bien trouvés, un style toutefois répétitif et pas franchement évident, des répétitions des scènes et des énumérations à rallonge, en font un ouvrage précieux pour plein de petits détails mais rendent un ensemble brouillon et délayé.

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