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collectionneur de chair

Titre : Le collectionneur de chair

Auteur : C.E. Lawrence

Éditeur : MA Edition

Lee Campbell était psychiatre. A la disparition de sa sœur, il est devenu profiler pour la police de New-York dans l’espoir, pour l’instant vain, de retrouver son assassin. Lee est également hanté, au même titre que son amie, par le souvenir du 11 septembre.

On ne sait d’ailleurs pas trop ce que vient faire le 11 septembre là-dedans. Il intervient comme un fardeau collectif porté par l’ensemble de la population new-yorkaise et pas comme un élément majeur et personnel du héros et, de plus, n’a aucun rapport avec les meurtres objets de l’histoire.

C’est avec ce background psychologique que Lee va travailler sur une série de meurtres volontairement très maladroitement maquillés en suicides dont la troisième victime n’est autre qu’une ancienne patiente, narcissique manipulatrice, qui était venue le voir juste avant de disparaître, en lui faisant part de sa peur paranoïaque d’être suivie.

Les trois meurtres qui inaugurent les activités du serial killer ont pour seul point commun tangible l’eau. Les corps sont retrouvés soit dans une rivière soit dans une baignoire.

Le style et la forme permettent de labelliser ce livre comme « thriller tout ce qu’il y a de plus classique ». Sa lecture n’est pas désagréable, malgré quelques tournures maladroites, loin de là mais c’est un thriller de plus qui respecte tous les codes du genre :

  • On suit l’enquête policière, aidée d’un profiler, qui découvre les indices petit à petit, comme le lecteur qui se demande tout de même à chaque indice si celui-ci est pertinent pour l’enquête et surtout comment il va prendre place dans le puzzle global proposé par l’auteur
  • L’histoire s’accompagne d’un personnage abîmé psychologiquement, fragile, dépressif. Là c’est tombé sur le profiler, ancien psychiatre
  • Les meurtres sont cruels, atroces, terribles, dénués d’humanités
  • L’auteur intercale régulièrement de courts chapitres où s’expriment la voix et les pensées du serial killer sans pour autant nous mettre sur la voie de son identité. L’assassin n’intervient en tant que personnage que dans ces passages. A aucun moment il n’est un personnage récurrent de l’histoire même si on essaie de rattacher sa personnalité à chaque intervenant un tant soit peu suspect
  • Le passé évoqué directement par le serial killer est évidemment lié à un traumatisme infantile lié à la mère et la composante sexuelle est inévitable

On ne peut donc développer aucune empathie pour les personnes ou les situations : il y a assez peu de chance de pouvoir s’identifier à l’un quelconque des personnages qui se trouvent tous dans des situations que nous ne côtoierons jamais.

Il faut toutefois accorder à l’auteur de savoir faire preuve d’inventivité quand arrive le moment de donner au lecteur les clefs de l’histoire : celui qu’on en est venu à vouloir soupçonner, pour autant qu’il n’est pas coupable, n’en reste pas moins moralement condamnable, voire glauque, mais je n’en dis pas plus. Rares sont d’ailleurs les personnages moralement honnêtes chez Lawrence.

On l’aura compris, « le collectionneur de chair » ne révolutionne pas le genre et n’y apporte aucune approche originale, ce qui le fait ressembler à bon nombre de thrillers du marché. Si on passe outre cet aspect-là, le livre se lit normalement et l’auteur fait évoluer son personnage, ses états d’âme et les fantômes de son passé dans une histoire dont on n’a tout de même envie de connaître la fin.

A réserver aux amateurs du genre.

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