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dialogue des carmélites

Titre : Dialogues des Carmélites

Auteur : Georges Bernanos

Editeur : Points

J’ai mis, en fin de chronique parce qu’il est un peu long, un extrait d’un échange entre Blanche de la Force et La Prieure du couvent de Carmélites dans lequel Blanche espère trouver refuge du monde dans lequel elle vit. Il est assez symptomatique du livre de Bernanos qui semble vouloir dire que même la religion n’est pas un havre de paix ni un refuge face aux turpitudes du monde. A l’intérieur d’un couvent, ces dernières ne sont certes pas les mêmes mais elles n’en sont pas moins virulentes.

Blanche ne fait que fuir tout au long du livre : elle fuit une société qui lui fait peur, elle fuit devant les révolutionnaires qui viennent de renverser la Bastille et, après le pouvoir temporel, s’en prend au pouvoir spirituel, elle fuit devant le vœu de martyr que Mère Marie de l’Incarnation souhaite voir prononcé par ses ouailles…

A travers les figures de Mère Marie de l’Incarnation et de l’aumônier qui s’opposent farouchement, respectivement par les paroles et par les actes, aux révolutionnaires, Bernanos érige la religion en rempart du Bien contre la Mal. Il prend clairement position, à la veille de sa mort, si besoin était. Et pourtant la religion ne semble être jamais ni une réponse ni un secours pour Blanche qui ne rencontre que tourments successifs et qui, par décret, n’aura même pas le droit de prononcer ses vœux et restera novice.

Bernanos, grâce à quelques échanges (n’oublions pas qu’il s’agit d’un scénario laissé par l’auteur) bien sentis et fort bien tournés entre La prieure et Mère Marie de l’Incarnation, entre les sœurs carmélites ou avec l’aumônier, nous invite à nous demander quelle sont la place et le rôle de la religion dans la société aujourd’hui. Est-elle aussi déconnectée de la réalité qu’elle pouvait l’être à la fin du XVIII° siècle ? Car c’est cette dichotomie entre la vie telle que la rêve un peuple et l’image qu’ils ont des religieux qui provoque le drame qui se noue dans ces quelques pages.

 

Extrait d’une discussion entre Blanche de la Force et La prieure des Carmélites, avant son entrée au couvent :

Blanche

Je puis avoir des illusions. Je ne demanderais pas mieux qu’on m’en dépouille.

La Prieure

Qu’on vous en dépouille… Il faudra vous charger seule de ce soin, ma fille. Chacune ici a déjà trop à faire de ses propres illusions. N’allez pas vous imaginer que le premier devoir de notre état soit de nous venir en aide les unes aux autres, afin de nous rendre agréables au divin Maître, comme ces jeunes personnes qui échangent leur poudre et leur rouge avant de paraître pour le bal. Notre affaire est de prier, comme l’affaire d’une lampe est d’éclairer. Il ne viendrait à l’esprit de personne d’allumer une lampe pour en éclairer une autre. « Chacun pour soi », telle est la loi du monde, et la nôtre lui ressemble un peu : « Chacun pour Dieu ! » Pauvre petite ! Vous avez rêvé de cette maison comme un enfant craintif, que viennent de mettre au lit les servantes, rêve dans sa chambre obscure à la salle commune, à sa lumière, à sa chaleur. Vous ne savez rien de la solitude où une véritable religieuse est exposée à vivre et à mourir. Car on compte un certain nombre de vraies religieuses, mais bien davantage de médiocres et d’insipides. Allez, allez ! ici comme ailleurs le mal reste le mal, et pour être faite d’innocents laitages, une crème corrompue ne doit pas moins soulever le cœur qu’une viande avancée… Oh ! mon enfant, il n’est pas selon l’esprit du Carmel de s’attendrir, mais je suis vieille et malade, me voilà très près de ma fin, je puis bien m’attendrir sur vous… De grandes épreuves vous attendent, ma fille…

Blanche

Qu’importe, si Dieu me donne la force.

La prieure

Ce qu’il veut éprouver en vous, n’est pas votre force, mais votre faiblesse…

… Les scandales que donne le monde ont ceci de bon qu’ils révoltent les âmes comme la vôtre. Ceux que vous trouverez ici vous décevront. A tout prendre, ma fille, l’état d’une religieuse médiocre me paraît plus déplorables que celui d’un brigand. Le brigand peut se convertir, et ce sera pour lui comme une seconde naissance ? La religieuse médiocre, elle, n’a plus à naître, elle est née, elle a manqué sa naissance, et sauf miracle, elle restera toujours un avorton.

A fini « Dialogues des Carmélites » (Georges Bernanos, éd. Points).

 

J’ai mis, en fin de chronique parce qu’il est un peu long, un extrait d’un échange entre Blanche de la Force et La Prieure du couvent de Carmélites dans lequel Blanche espère trouver refuge du monde dans lequel elle vit. Il est assez symptomatique du livre de Bernanos qui semble vouloir dire que même la religion n’est pas un havre de paix ni un refuge face aux turpitudes du monde. A l’intérieur d’un couvent, ces dernières ne sont certes pas les mêmes mais elles n’en sont pas moins virulentes.


Blanche ne fait que fuir tout au long du livre : elle fuit une société qui lui fait peur, elle fuit devant les révolutionnaires qui viennent de renverser la Bastille et, après le pouvoir temporel, s’en prend au pouvoir spirituel, elle fuit devant le vœu de martyr que Mère Marie de l’Incarnation souhaite voir prononcé par ses ouailles…

 

A travers les figures de Mère Marie de l’Incarnation et de l’aumônier qui s’opposent farouchement, respectivement par les paroles et par les actes, aux révolutionnaires, Bernanos érige la religion en rempart du Bien contre la Mal. Il prend clairement position, à la veille de sa mort, si besoin était. Et pourtant la religion ne semble être jamais ni une réponse ni un secours pour Blanche qui ne rencontre que tourments successifs et qui, par décret, n’aura même pas le droit de prononcer ses vœux et restera novice.

 

Bernanos, grâce à quelques échanges (n’oublions pas qu’il s’agit d’un scénario laissé par l’auteur) bien sentis et fort bien tournés entre La prieure et Mère Marie de l’Incarnation, entre les sœurs carmélites ou avec l’aumônier, nous force à nous demander quelle sont la place et le rôle de la religion dans la société aujourd’hui. Est-elle aussi déconnectée de la réalité qu’elle pouvait l’être à la fin du XVIII° siècle ? Car c’est cette dichotomie entre la vie telle que la rêve le peuple français et l’image qu’ils ont des religieux qui provoque le drame qui se noue dans ces quelques pages.

 

Extrait d’une discussion entre Blanche de la Force et La prieure des Carmélites, avant son entrée au couvent :

Blanche

Je puis avoir des illusions. Je ne demanderais pas mieux qu’on m’en dépouille.

La Prieure

Qu’on vous en dépouille… Il faudra vous charger seule de ce soin, ma fille. Chacune ici a déjà trop à faire de ses propres illusions. N’allez pas vous imaginer que le premier devoir de notre état soit de nous venir en aide les unes aux autres, afin de nous rendre agréables au divin Maître, comme ces jeunes personnes qui échangent leur poudre et leur rouge avant de paraître pour le bal. Notre affaire est de prier, comme l’affaire d’une lampe est d’éclairer. Il ne viendrait à l’esprit de personne d’allumer une lampe pour en éclairer une autre. « Chacun pour soi », telle est la loi du monde, et la nôtre lui ressemble un peu : « Chacun pour Dieu ! » Pauvre petite ! Vous avez rêvé de cette maison comme un enfant craintif, que viennent de mettre au lit les servantes, rêve dans sa chambre obscure à la salle commune, à sa lumière, à sa chaleur. Vous ne savez rien de la solitude où une véritable religieuse est exposée à vivre et à mourir. Car on compte un certain nombre de vraies religieuses, mais bien davantage de médiocres et d’insipides. Allez, allez ! ici comme ailleurs le mal reste le mal, et pour être faite d’innocents laitages, une crème corrompue ne doit pas moins soulever le cœur qu’une viande avancée… Oh ! mon enfant, il n’est pas selon l’esprit du Carmel de s’attendrir, mais je suis vieille et malade, me voilà très près de ma fin, je puis bien m’attendrir sur vous… De grandes épreuves vous attendent, ma fille…

Blanche

Qu’importe, si Dieu me donne la force.

La prieure

Ce qu’il veut éprouver en vous, n’est pas votre force, mais votre faiblesse…

… Les scandales que donne le monde ont ceci de bon qu’ils révoltent les âmes comme la vôtre. Ceux que vous trouverez ici vous décevront. A tout prendre, ma fille, l’état d’une religieuse médiocre me paraît plus déplorables que celui d’un brigand. Le brigand peut se convertir, et ce sera pour lui comme une seconde naissance ? La religieuse médiocre, elle, n’a plus à naître, elle est née, elle a manqué sa naissance, et sauf miracle, elle restera toujours un avorton.

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