Mots-clefs

, , , , , , , ,

Codex deus

Titre : Codex Déus

Auteur : Alexandre Schoedler

Éditeur : Bénévent

Il faut (tenter de) sauver le soldat Schoedler !

Mes amis (je les tiens pour tels et je sais que nous le resterons malgré ce qui va suivre) Yan Lespoux et Philippe Cottet ont critiqué (le terme chroniquer n’est plus approprié), descendu, vilipendé l’œuvre d’Alexandre Schoedler. Nous allons ici (tenter de) réhabiliter cet homme et son chien. Pardon : son livre.

Alexandre Schoedler a beau essayer de se cacher derrière les écrans de fumée de la réalité, il fait preuve d’une imagination fertile, d’un foisonnement d’idées sans bornes tant dans son scénario que dans son style littéraire que dans son sens des dialogues.

Ainsi, quand d’autres auteurs se contentent de faire le lien entre l’époque moderne et un fait historique du passé, Alexandre lui, ne craignant aucune difficulté et bravant les risques inhérents au mélange des genres, entremêle toutes les époques historiques de la Préhistoire à Hitler en passant par l’Egypte, la Grèce Antique, sans oublier les extra-terrestres et tutti quanti (tous autant qu’ils sont) : au lecteur intelligent et exigeant d’en démêler l’écheveau.

Pour aller plus loin, Alexandre, faisant fi des convenances stylistiques habituellement en vogue en « germanopratie », se pose en véritable précurseur d’une réforme libérale de la ponctuation rappelant les plus belles heures de mai 68 et que tout élève qui se respecte appelle de tous ses vœux. En avant-gardiste qui se respecte, Alexandre pousse sa pensée résolument révolutionnaire jusqu’à l’outrance et impose un style fort, puissant, à couper le souffle à base d’innombrables (mais tout de même dénombrés à hauteur de 3.779 récurrences) … et autres […] voir de …… et un …[…]… audacieux que les esprits chagrins, réactionnaires voire jaloux qualifient d’inutiles et d’incompréhensibles. Le Codex Déus est une arme réformatrice de politique scolaire !

Enfin, Alexandre se sert très certainement de son histoire personnelle, de dîners, de rencontres, d’échanges qu’il a lui-même vécu et que, par professionnalisme que nous ne pouvons que louer et certainement pas condamner, il a dû enregistrer et reproduire mot à mot pour pouvoir à ce point rendre compte de ce qu’un dialogue entre deux personnes normales représente en terme de dramaturgie.

Mais bon, finalement, non…

Mais tout ceci est vain. Les quelques lignes qui précèdent ne sont que du second degré. Yan et Philippe ont malheureusement raison. Je ne peux que vous inviter à lire leurs chroniques ou à vous rendre sur la page Facebook des « Perles du Codex Déus » pour y piocher les pépites linguistiques qui s’y trouvent et juger par vous-même de l’inanité de ce livre.

Les pensées qui me sont venues au fur et à mesure de la lecture de ce livre ne vont que dans une direction : celle de la poubelle.

Dès les premières phrases, le ton est donné.

Alexandre accole les mots et les idées dans un ordre qui lui est personnel et qui peine à donner un sens à son récit. Tout est embrouillé, tout est complexifié à l’extrême. Et ce d’autant plus que les mots n’ont parfois pas de lien entre eux : le couple du désormais célèbre « regard/moustachu » n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Plus loin on est face à un « ordinateur qui crapahute » (crapahuter signifie selon le Larousse « effectuer une longue marche en terrain difficile »). On veut rire… parce qu’on veut espérer qu’Alexandre ne s’est jamais pris au sérieux en écrivant. Hélas ! On finit par rire jaune parce qu’il est convaincu d’être à l’image de tous les Alexandre de son livre : intelligent, brillant, beau, irrésistible. Nous rajouterons injustement incompris à la liste car il est persuadé d’avoir raison seul contre tous. C’est parfois une qualité. Parfois…

Il confond régulièrement des termes avec d’autres. Il assimile ainsi « dogmatique » (position d’un courant de pensée, principe établi ou regardé comme une vérité incontestable) à « cartésien » (pris dans son sens familier « rigoureux, clair, logique, méthodique ») sous-entendant ainsi qu’une personne cartésienne est soumise par défaut à un dogme, celui-ci étant par définition, dans ce type de récit, aveugle, borné et faux, et que donc la vérité ne peut se frayer de chemin qu’à travers un esprit fantasque, peu scientifique, peu rigoureux. Je veux bien que la science, par exemple, ait souvent bénéficié d’avancées considérables grâce à des accidents, mais cela ne peut être une règle d’évolution fiable ! C’est a priori parce que Farrel n’est ni l’un ni l’autre qu’il est choisi pour mener cette quête alors que quelques pages plus loin, le milieu de l’archéologie loue les qualités justement cartésiennes de Farrell et qui font sa renommée…

Il y a un réel souci de dénombrement chez Alexandre. Je ne reviendrai pas sur la taille des personnages, la longueur du canapé ou la hauteur des immeuble de Montaigu Square à Londres. J’ajouterai simplement que par la grâce de Dieu « quelques passants » arrivent à promener « leur chien qui aboie », qu’on entend « le grésillement du talkie-walkie des policiers » et que certains personnages « regardent leur montre respective » ! Vous avez bien lu, il y a un chien pour plusieurs passants, un talkie-walkie pour plusieurs policiers et une montre que se passent deux protagonistes… Tout comme l’enseigne d’une échoppe d’antiquité contient le dessin de trois ammonites alors que la carte de visite du magasin n’en a plus que deux. Le reste est à l’avenant.

Le Codex Déus est un savant condensé de ce qu’il ne faut pas faire. Il est à ce titre un exemple à montrer à tous les auteurs en devenir. Les dialogues sont d‘une platitude qui n‘est pas sans rappeler la poitrine de Jane Birkin ou les polders hollandais ; les descriptions sont alambiquées ; les explications scientifico-ésotériques sont opaques et capilo-tractées (i.e. tirées par les cheveux) : le lecteur est littéralement enseveli sous des tonnes de références à des villes antiques, des fleuves, des lieux, des personnages tour à tour historiques, de légendes ou de mythologies (l’auteur prenant soin de donner régulièrement le nom actuel des dites villes, l’état d’assèchement des fleuves, la persistance ou la disparition des lieux,…). Le Codex ressemble ainsi par moment à une biographie occulte et non autorisée d’Alexandre le Grand ou d’Hitler.

Pour finir, on a souvent l’impression d’avoir entre les mains un très mauvais livre écrit en anglais passé par la lessiveuse d’une très mauvaise traduction française.

Et dire qu’il y a au moins un second tome de prévu !

Publicités