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sceptre et venin

Titre : Le sceptre et le venin

Auteur :  Gérard Hubert-Richou

Éditeur : Ma Edition

La trame historique de ce roman est la célèbre affaire des poisons. Elle part, en 1672, de la marquise de Brinvilliers et de son amant, Godin de Sainte-Croix, qui ont allègrement pratiqué l’assassinat (dont ceux du père et des deux frères de la marquise pour toucher l’héritage), le commerce de poisons (surnommés « poudres de succession » pour l’occasion) et l’avortement. Plus tard, à partir de 1679, l’affaire vit s’ajouter un pan à la fois plus satanique à grand renfort de messes noires et de sortilèges et plus royal puisque la noblesse de cour n’était pas en reste et bénéficiait couramment des services de ce réseau d’empoisonneurs, véritable crime organisé à l’époque. Parmi les « bénéficiaires », on retrouve notamment la maîtresse de Louis XIV, Madame de Montespan, tombée en disgrâce au début des années 1680 et soupçonnée d’avoir usé, à tout le moins, de philtres d’amour pour conserver les faveurs du roi.

L’ensemble de cette organisation a été démantelée par le lieutenant de police De La Reynie dont l’action minutieuse était autant destinée à faire la lumière sur cette affaire qu’à soutenir Colbert, gravement mis en cause et alors en conflit avec Louvois, le ministre de la guerre. En 1680, Louis XIV décida dans un premier temps de la mise en place d’une « chambre ardente » chargée d’enquêter et surtout de juger toutes les personnes concernées par cette affaire avant, en 1682, et devant les implications de plus en plus graves de la noblesse et de personnages proches du pouvoir, d’en annoncer la fermeture, de prononcer la mise sous scellés des éléments de l’enquête et du tribunal pour finalement tout faire brûler en 1709, se chargeant lui-même de jeter au feu les documents concernant son ancienne maîtresse, Madame de Montespan.

Le livre s’ouvre d’ailleurs sur Louis XIV brûlant ce dossier avant de revenir en 1675 alors que l’enquête est ouverte depuis près de 3 ans et que l’arrestation de la marquise de Brinvilliers n’est plus qu’une question de jours ou de mois puisqu’elle a été localisée dans un couvent à Liège.

Dans son livre, Hubert-Richou prend le parti de nous emmener sur les traces du commissaire Géraud chargé par De La Reynie d’enquêter principalement sur Catherine Deshayes, dite La Voisin, d’Adam Cœuret, dit Lesage, bras droit de La Voisin, et d’Etienne Guibourg, prêtre satanique et adepte des messes noires dans lesquelles le sacrifice d’enfants n’était pas exclu.

La Voisin règne sur une petite Cour des Miracles et prodigue ses conseils et services en matières de drogues et autres « poudres de succession » (idéales pour se débarrasser définitivement d’un mari âgé et encombrant). Elle « sévissait » également comme faiseuse d’anges, l’avortement étant alors interdit. Guibourg donne maintes messes noires aussi sataniques qu’orgiaques. Lesage n’a enfin pas son pareil pour confectionner toutes sortes de solutions toutes plus mortelles et ingénieuses les unes que les autres.

Les ramifications de cette affaire sont telles que le roman foisonne de personnages plus ou moins secondaires, plus ou moins clients, plus ou moins commanditaires… Le commissaire Géraud y met du sien en se grimant tour à tour en prêtre, en majordome ou en marquis pour infiltrer les différentes « sources » de cette affaire.

Mais, de cette trame complexe, on peine à sortir l’idée forte, le fil conducteur de l’auteur : qu’a-t-il bien pu vouloir dire de plus que tous les autres écrivains ayant déjà tâté de cette affaire des poisons ? On se languit ainsi un peu pendant la première moitié du livre jusqu’à l’émergence du complot contre le roi Louis XIV, de la tentative de réhabilitation de Fouchet et de la partition contre Colbert, son successeur, et des conséquences de l’enquête sur la famille de Géraud.

Mais peut-être que l’auteur n’aura pas eu d’autre prétention que de traiter de façon romanesque cet épisode de l’Histoire de France qui ne l’était pas moins. De ce point de vue, la seconde moitié du livre est menée tambour battant et est plutôt réussie. Mais est-ce suffisant ?

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