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mon traitre retour à Killybegs

Titres : Mon traître / Retour à Killybegs

Auteur : Sorj Chalandon

Éditeur : Livre de Poche

J’ai hésité (et hésite encore) à livrer une chronique unique pour ces deux romans. S’ils sont certes complémentaires, de nombreux éléments renvoyant forcément de l’un à l’autre, la lecture dans l’ordre n’en est toutefois pas obligatoire si ce n’est, peut-être, parce que « Retour… » est beaucoup plus puissant que « Mon traître ».

Dans « Mon traître », Chalandon raconte la passion d’Antoine, un luthier français, pour l’Irlande qu’il va personnifier dans la figure emblématique de Tyrone Meehan, celui qui sera « son traître », tout autant que dans celle de Jim, un artificier de l’IRA, et de leurs épouses respectives. Mais ne nous y trompons pas, dans ces mots « mon traître », il n’y a pas de haine : il y a tout l’amour du monde d’un homme pour un autre. Une rage intériorisée peut-être, un questionnement perpétuel sur ce qui a provoqué cette trahison sûrement, un doute permanent sur ce qui reste de la nature de leur relation évidemment, mais pas de haine, pas de rejet. Antoine n’aura jamais directement les réponses à ses questions, Tyrone se murera dans un silence dont on ne saisira toute la tragédie que dans « Retour… ».

« Retour… » propose des passages magnifiques, pratiquement à chaque page, sur la figure du père, sur « l’héroisation » des soldats de l’IRA, sur le sentiment d’appartenance à quelque chose qui dépasse l’individu, le transcende, sur les relations humaines, sur le regard des autres, leur jugement… « Retour… » est tout simplement sublime à la fois de simplicité dans la mesure où les sentiments, les scènes, les réflexions,… sont dépeints avec sincérité et si peu d’effets de style, inutiles, mais si bien écrits en toute sobriété qu’ils font mouche à tous les coups, et de complexité car la palette des sentiments contradictoires qui ont tourmentés Tyrone pendant 25 ans ne pouvaient pas être réduits à une simple expression du désarroi.

Les passages relatant les emprisonnements, les grèves de la faim, toute la période où les détenus irlandais tapissaient leurs cellules de leurs déjections… sont à la fois terribles et magnifiques. A l’image du personnage de Tyrone Meehan : traître haïssable dans sa traitrise et tellement attachant dans le carcan qui l’y a mené.

Une chose est frappante : que ce soit dans les livres de Chalandon ou dans la véritable histoire du conflit nord-irlandais, de nombreux évènements ont lieu au moment de la fête de Pâques. Au-delà de la nécessaire commémoration d’évènements qui ont eu lieu à cette date, c’est tout un symbole. Cette fête catholique marquant à la fois la mort du Christ et sa résurrection, faisant suite à la trahison de Judas qui ne faisait que préparer la passion et le destin du Christ est tout à fait symbolique de l’histoire nord-irlandaise et du traître Tyrone Meehan dépeint par Chalandon. Je vous laisserai découvrir pourquoi.

Ce dernier fait œuvre dans ces deux livres d’une humanité touchante parce que sincère et sobre.