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Haut-le-choeurTitre : Haut-le-choeur

Auteur : Gaëlle Perrin-Guillet

Éditeur : Rouge Sang

Attention : le spoiler a disparu de la chronique !

Alix Flament est une jeune journaliste dont la carrière a été littéralement lancée quelques années plus tôt grâce au livre d’interview d’une serial killeuse qu’elle a pu réaliser. On n’a jamais découvert le mobile de cette serial killeuse dont, aux dires de celle-ci, l’œuvre n’était pas achevée au moment de son arrestation, qui a promis de sortir « finir le boulot », qui avait elle-même pris le relai d’un serial killer arrêté plusieurs années auparavant et qui vient de s’échapper de prison de façon assez sanguinolente.

Depuis Hannibal Lecter, l’idée d’un serial killer qui reprend l’œuvre d’un précédent serial killer là où il l’avait laissée inachevée n’est pas une innovation. Tout comme l’idée d’une œuvre à réaliser n’est pas à proprement parler originale. Toutefois, dans l’esprit des deux serial killers qui nous occupent, le meurtre ou plutôt le décès des victimes n’est pas le mobile, la souffrance et la torture ne sont pas non plus une fin en soi mais uniquement un moyen d’atteindre leurs objectifs. Tout l’intérêt du livre repose donc sur la découverte du mobile de la psychopathe et à ce titre le roman est réussi : le mobile est original et renferme une idée forte autour de la musique.

Mais, en dehors de cette brillante idée, la mayonnaise ne prend pas complètement, le style ne rend pas hommage à l’intrigue. Est-ce parce qu’on ne ressent pas d’empathie pour l’héroïne ou pour les policiers qui mènent l’enquête mais au contraire pour la serial killeuse ? Est-ce parce qu’on en arrive à juger l’œuvre de la serial killeuse comme effectivement artistique et belle, comme Alix qui en ressent à la fois la beauté et l’atrocité parce qu’elle en fait partie alors que le lecteur non ? Ets-ce parce que la tension fait comme tout soufflé qui se respecte : elle monte mais malheureusement retombe ? Est-ce parce que l’auteur, voulant partir tambour battant, ne parvient pas à tenir la tension tout au long du roman alors qu’il aurait peut-être mieux valu commencer doucement pour faire monter la sauce tranquillement ? Est-ce que ce sont les quelques phrases mal tournées qui choquent au milieu d’une écriture plutôt fluide ? Est-ce que ce sont les quelques bizarreries de mise en page (des césures de mots en plein milieu de ligne, des retours à la ligne intempestifs, des paragraphes justifiés et d’autres pas) qui perturbent ?

C’est un peu de tout cela qui provoque un sentiment contradictoire chez le lecteur : il y a du bon et du moins bon à la fois dans ce roman (dans le sens d’œuvre littéraire) et dans ce livre (dans le sens d’objet). Il reste un goût d’inachevé persistant qui ne pourra qu’être dissipé par un prochain livre.

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