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Titre : Le dîner

Auteur : Herman Koch

Éditeur : 10/18

Paul Lohman et Serge Lohman, deux frères que tout oppose, se retrouvent l’espace d’une soirée dans un restaurant chic avec leurs épouses respectives pour évoquer l’acte violent commis par leurs fils biologiques, Michel et Rick.

Le livre est à l’image des composantes d’un repas qui se respecte et est découpé en 6 parties : l’apéritif, l’entrée, le plat, le dessert, le digestif et le pourboire. Il s’agit en fait d’un long monologue de 350 pages qui ne nous fournit finalement l’histoire que par le prisme et l’esprit d’un seul personnage : Paul.

Paul nous raconte certes un dîner mais nous fait également rentrer dans sa vie privée dans ce qu’elle a de moins ragoûtant : toute l’antipathie et le ressentiment qu’il peut avoir pour son frère qui a tout réussi jusqu’alors et à qui tout réussi (homme politique d’envergure nationale, pressenti pour devenir le futur premier ministre, une femme belle et soumise, un enfant doué et un fils adoptif qui vient du Burkina Faso). Paul, lui, au moins, comme « lot de consolation », a une femme, Claire, intelligente, la tête sur les épaules contrairement à Babette, l’épouse de Serge, tout en retenu et en dépression.

Alors que la situation dans laquelle ces deux couples se retrouvent devrait les ressouder, les réunir autour d’un même objectif, celle-ci ne fait que creuser d’avantage le fossé qui les sépare déjà.

Sans rentrer dans le détail, tout ce petit monde se révèle finalement à côté de la plaque : mauvais parents, mauvais mari, mauvais fils… ces derniers étant les porte-étendards d’une jeunesse bourgeoise désœuvrée qui par ennui et par hérédité pour l’un plus que par méchanceté pure se retrouve à franchir une frontière invisible séparant l’honnête citoyen de la racaille.

Ce n’est finalement pas cette description d’une société qui n’a plus de repères qui laisse un gout amer une fois la dernière page tournée. Ce n’est pas non pus tant la justification de la violence à laquelle se livre Koch que l’absence de critique de cette violence qui perturbe le lecteur. Ils (l’auteur et la 4ème de couverture) ont beau jeu d’en appeler à Tarantino et à « Reservoir Dogs » : le film de Tarantino repose sur une violence innée, inscrite dans les gênes des personnages, dans leur métier, dans leur gagne pain ce qui n’est pas l’apanage a priori des personnages de Koch, au contraire.

Koch brouille les pistes et distille petit à petit les éléments d’explication (mais pas de compréhension ni de justification, orale ou autre) et par ce biais légitime à plusieurs niveaux le recours à la violence : sous couvert d’une pathologie psychiatrique, comme pourvoyeuse d’une solution aux problèmes soulevés par l’un des personnages, comme outil de sauvegarde d’un écosystème familial et au-delà comme outil de protection de la société fae à ses exclus qui dérangent.

C’est cette légitimation qui laisse un goût amer et un fort sentiment de malaise, quand bien même l’auteur aurait voulu écrire une fable allégorique dans laquelle il se serait malheureusement laissé piéger.

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