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nostalgie heureuse

Titre : La nostalgie heureuse

Auteur : Amélie Nothomb

Éditeur : Albin Michel

Les récents opus d’Amélie Nothomb ont une puissance statistique impressionnante. Un livre qui se lit en moins de deux heures et vous permet en un clin d’œil de booster vos stats de lecture, votre nombre de chronique et, il faut encore l’espérer, la fréquentation de votre blog. Une puissance littéraire ? Beaucoup moins sûr mais pourquoi pas.

On passera sous un silence éloquent et un voile pudique la platitude et la rapidité des passages sur, pêle-mêle, Fukushima, sa nounou (pourtant sensé être LA rencontre de son retour au Japon), sa maternelle dont les toilettes n’ont plus de fenêtres,… Le seul évènement digne de développements est ses retrouvailles avec Rinri, son amour de vingt ans. Soit, mais là encore, il ne reste pas grand-chose. Une fois les pages des chapitres tournées, on passe rapidement à autre chose. En ce sens, le livre porte bien son nom : la nostalgie n’a pas vocation à être triste mais à apporter de la joie ; il n’y a donc pas lieu de s’appesantir sur le passé, il faut aller de l’avant. A quoi bon alors écrire sur soi et sur son passé ?

Il y a bien quelques phrases que l’on pourrait retenir, certes… mais tellement éparses et déconnectées les unes des autres qu’elles ne créent pas de logique entre elles et conviendraient alors mieux dans un recueil d’aphorismes que dans un roman qu’Amélie Nothomb qualifie elle-même de « fiction ». La première phrase du livre d’Amélie Nothomb édicte ainsi que « Tout ce que l’on aime devient une fiction ». Rappelons la définition de « fiction », tirée du Littré : 1/ invention de choses fictives et 2/ mensonge, dissimulation.

Ceci posé, nous sommes donc confronté à un dilemme : nous savons pertinemment que le livre que l’on tient entre les mains est donc largement représentatif de sa vie (plus précisément de son retour au Japon entourée d’une équipe de télévision) alors que, selon les propres mots de l’auteur, ce devrait être une fiction (i.e. une invention ou un mensonge). Alors qu’en penser ? Soit elle a construit son livre sur du vent et elle n’a pas vécu (dans le sens de ressentir) ce dont elle nous parle et alors comment croire en ses sentiments et en ses avis, soit elle nous ment et Amélie Nothomb serait donc elle-même devenue une fiction, un mensonge… Peut-être ce livre est-il alors le constat qu’elle fait sur sa propre vie, enfermée qu’elle est désormais dans le personnage qu’elle s’est forgée. Il n’y a qu’à voir le mal qu’elle se donne d’une part pour se montrer aux reporters qui la suivent au Japon sur les traces de son enfance et de son adolescence telle qu’on (je mets tout le monde dans ce « on ») la voit et surtout telle qu’elle s’est créée et d’autre part pour nous avouer ses vrais sentiments, nous dévoiler une autre personnalité. Laquelle est la vraie Amélie Nothomb ? Le livre n’apporte pas de réponse à cette question. Ce livre pourrait donc être une sorte de testament, de preuve de sa double existence en tant qu’être humain et en tant qu’écrivain, le tout sous un costume qui ne lui va plus, devenu trop petit, véritable carcan qui l’emprisonne.

C’est peut-être là que réside le vrai livre d’Amélie Nothomb : parcourir non pas tant son passé que son présent, avoir la nostalgie non pas de ce qu’elle était mais de ce qu’elle est devenue, pour dresser un constat amer. « Toute l’Amélie Nothomb que l’on aimait est devenu une fiction ! » : il faut peut-être rester positif et espérer car si elle s’est perdue, on ne pourra que la retrouver…Dieu seul (et peut-être un peu elle-même) sait quand !

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