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vieilles

Titre : Les vieilles

Auteur : Pascale Gautier

Éditeur : Folio

Ah que voilà un petit roman tout ce qu’il y a de plus… rafraîchissant malgré le thème de la vieillesse. Car ces petites vielles (et ces petits vieux même s’ils ne sont pas légion) ont la soixantaine/septantaine/huitantaine/nonantaine gaillarde et pince sans et avec rires.

Le récit se fait se croiser, entre autre, une vieille alcoolique qui reçoit pour le thé mais siffle des bouteilles de porto, une vieille grenouille de bénitier qui n’aime rien, une vieille nympho qui n’a pas tout perdu de son appétit, une vieille sourde qui se retrouve à la fin du livre avec plus de téléphones (tous plus bruyants les uns que les autres, dont un sur les touches duquel apparaît la photo du contact qui y est préenregistré, installés par son fils qui ne vient jamais mais qui s’inquiète pour elle) que de mains et d’oreilles réunies, une vieille qui perd la boule et est persuadée que des cambrioleurs viennent chez elle tous les 4 matins pour déplacement tout ce qu’elle perd (objets, crèmes, documents,…), un vieux qui prépare le marathon de Londres, un curé qui pète un câble… et prend en grippe « la télévision qui pervertit les âmes » (le verbe « péter un câble » est ainsi à prendre au sens propre et au sens figuré),…

Un vrai bestiaire tant tous ces personnages sont vaches, chicaneurs, râleurs, égocentriques et j’en passe et des meilleurs !

Dans un style plein d’humour mais non départi de gravité, Pascale Gautier dresse un tableau drôle et cynique de la vieillesse, du rapport entre les vieux et les jeunes, de celui entre les vieux eux-mêmes (quelle férocité !), de celui entre les vieilles et leurs belles-filles, de celui entre les vieilles et leurs familles d’une façon plus générale…

Pascale Gautier use à merveille des répétitions pour montrer certes à quel point les vieux radotent mais aussi que c’est dans cette répétition source d’ennui qu’ils trouvent leur raison d’être. Parmi ces répétitions, on notera le leitmotiv de la conversation téléphonique de la sourde avec une certaine Maguy, de la petite vieille qui se rend régulièrement à la station essence pour faire le plein, rentre chez elle et s’ennuye dès 9 heures du matin, du petit vieux qui fait son jogging et qui est systématiquement appelé « Pierre Martin auréolé de gloire dans son short bleu », de la télé ou des publicités qui « s’en donnent à cœur joie » à tout bout de champ.

Bref un livre qui se dévore avec d’autant plus d’attention et de réflexion qu’il est bourré d’humour. Pascale Gautier réussit le pari de n’être ni trop larmoyante en étant trop sérieuse ni trop superficielle en étant uniquement drôle ni trop condescendante en étant simplement bienveillante. Pascale Gautier a des choses à dire (ou à écrire) et elle le fait très bien.

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