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écorchée

Titre : L’écorchée

Auteur : Donato Carrisi

Éditeur : Calmann-Lévy

Mila Vasquez travaille désormais aux « Limbes », le département de la police en charge des dossiers des personnes disparues, que ce soit volontairement ou qu’elles soient victimes potentielles d’un homicide. Mais certains « disparus » vont refaire surface et se mettre à tuer puis, pour certains, à se suicider. Mila va enquêter et faire le lien avec une affaire vieille de 20 ans : elle ira chercher l’aide de celui qui entre temps est devenu le paria des services de police.

On ne change pas une recette qui fonctionne… mais on peut toujours rater une recette même si on l’a réussie par le passé. Ce n’est fort heureusement pas le cas de Donato Carrisi qui livre une suite cohérente et d’aussi bonne facture que « Le chuchoteur ».

Bien évidemment, on y retrouve le personnage de Mila Vasquez que l’on avait laissée enceinte et que l’on retrouve mère toujours en proie à ses propres démons et qui a choisi la voie la plus dure pour protéger son enfant. On y retrouve Boris qui a pris de galon et s’est éloigné d’elle. On y croise Simon, le paria qui va nouer une relation étroite avec Mila.

Bien évidemment, toutes les histoires abordées, tous les éléments de l’enquête, tous les indices renvoient de l’un à l’autre avec pour figure centrale celle de Mila.

Il y a deux questions centrales dans ce livre : celle des disparitions, bien entendu, et celle plus subversive et intéressante de « l’hypothèse du mal ».

Les disparitions tout d’abord. Elles sont abordées principalement sous l’aspect volontaire de celles-ci et relèvent toutes de la prise de conscience d’une personne de vouloir, à un moment donné, changer radicalement de vie. « On a tous un jour eu envie de disparaître » soutiennent plusieurs personnages. Ce n’est pas forcément dénué de vérité. Ce qui ressort en filigrane c’est que c’est toujours plus difficile pour ceux qui restent que pour ceux qui partent (quand cela devient trop difficile pour ceux qui ont disparus, ils reviennent) ; ceux qui partent savent de quoi ils se privent, encore une fois parce que volontairement, mais ignorent (ou feignent d’ignorer) ce dont ils privent ceux qu’ils abandonnent derrière eux. Le livre n’y apporte pas de réponse, ce n’est pas l’objet, il ne s’intéresse pas au cas des abandonnés mais exclusivement à celui des disparus. (On re-re-re-regardera avec grand intérêt et un immense plaisir « La vie est belle » de Capra où un ange offre à un homme, désespéré parce que ruiné, la chance de voir ce que serait aujourd’hui la vie qu’il pensait connaitre s’il n’avait jamais existé et saisir ainsi le bien qu’il a pu faire autour de lui). Toute la question réside alors dans le « pourquoi » du retour à la lumière de ces disparus et dans le « pourquoi » des crimes qu’ils commettent.

L’hypothèse du mal, ensuite. Elle répond partiellement aux questions posées. Elle prévoit que le bien de quelqu’un dépend ou provoque forcément le mal d’une autre personne et vice versa. Le bien et le mal ne s’affronte pas mais cohabitent et s’alimentent l’un l’autre. Comment juger la lionne qui tue des bébés zèbres ? Mal parce qu’elle tue une autre vie ? Ou bien parce que ces vies lui permettront de nourrir et faire vivre ses petits à elle ? Et, en corollaire, qu’est-ce qui fait que transposée du monde animal où cela peut paraître naturel au monde humain, cette théorie en devienne criminelle ? Peut-on justifier le fait de faire le mal par le fait que celui-ci produise du bon à côté ?

Je vous laisserai découvrir les réponses données par Carrisi dans son livre.

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