Mots-clefs

, , , , , , ,

cosplay

Titre : Cosplay

Auteur : Laurent Ladouari

Éditeur : HC éditions

Dans la vraie vie, le Cosplay (コスプレ, kosupure), mot-valise composé des mots anglais « costume » et « playing », est une sous-culture japonaise qui consiste à jouer le rôle de ses personnages (héros de mangas, d’animation japonaise, de tokusatsu, de films, de jeux vidéo ou encore de comics) en imitant leur costume, leurs cheveux (à l’aide d’une perruque ou en réalisant la même coupe de cheveux que celle du personnage) et leur maquillage.

Dans le livre de Ladouari, le Cosplay (ou « COStume rolePLAY ») est un jeu virtuel à destination du monde de l’entreprise. Le principe est relativement proche du concept du  véritable Cosplay : chaque membre du personnel d’une entreprise (de la Direction au voiturier) est transposé dans un monde virtuel proche de la réalité de l’entreprise dans laquelle il travaille et est invité à se choisir un avatar parmi tous les personnages célèbres du passé, réels ou issus de la littérature : Athos, Savonarole, la Fée Morgane, Robespierre, Cléopâtre… qui sont autant de masques que les joueurs peuvent retirer ou non pour dévoiler leur véritable identité.

Tout l’intérêt du Cosplay (qui dispose d’un ou une organisatrice qui en édicte les règles, les décors, les outils,… et dont la connexion à l’aide d’un masque et d’embouts de doigts qui permettent de jouer les « puppet master » et le fait de basculer dans une réalité virtuelle ne sont pas sans rappeler le film de Cronenberg « eXistenZ ») réside dans le double fait 1/ que les notions de hiérarchie, de postes, de prédisposition à telle ou telle tâche sont totalement abolies et 2/ que les masques octroient une liberté complète aux joueurs d’agir selon leur véritable nature, leur caractère non voilé et leurs compétences réelles… Le masque permet en quelque sorte d’agir « à visage découvert », selon son caractère et ses talents propres !

L’entreprise où va se dérouler le jeu vient d’être rachetée et est au bord de la faillite : le but du jeu va être de favoriser l’éclosion des talents cachés de l’entreprise, les seuls capables de redresser la barre et de relancer la machine. Seuls resteront les salariés véritablement attachés à leur entreprise, les profiteurs et autres incompétents seront vite éliminés du jeu, i.e. virés de la boîte.

Le livre repose donc sur un concept qui n’a pratiquement plus cours aujourd’hui (si tant est qu’il ait jamais existé) : « l’amour de l’entreprise pour laquelle on travaille » ; ainsi que quelques corollaires tombés en désuétude (si tant est… vous m’avez compris) : « faire la place belle aux compétences », « abolir les préjugés (par exemple : une secrétaire est et restera secrétaire,…) », « humaniser le monde de l’entreprise », j’en passe et des meilleurs.

On se prend assez rapidement au « jeu », si vous me passez l’expression, et on suit avec plaisir les différents personnages se dépatouiller dans les paniers de crabes, tant dans la réalité que dans le jeu. On peine peut-être parfois à faire le rapprochement entre les personnalités de la réalité et celles du jeu, les clefs n’étant pas toutes fournies par l’auteur et encore moins évidentes.

On pourrait faire deux reproches à Ladouari, le second, s’il l’avait évité, lui aurait incontestablement permis de contourner le premier. Disons donc dans un premier temps que Ladouari noie un peu, sous les références et les non-dits, son lecteur, celui-ci étant alors obligé de prendre certaines éléments du récits pour argent comptant alors même qu’ils semblent importants et structurants. Rajoutons ensuite dans la foulée qu’il manque une ou deux centaines de pages qui auraient donné plus de temps à l’auteur pour développer ces zones d’ombres, apporter, par exemple, un peu de volume et de consistance à l’école de Nonpareil, aux talents subversifs des bras droits d’Adamas Zoran, à leurs origines et leurs relations entre eux. Mais cela fera peut-être l’objet d’une ou plusieurs suites qu’il ne me déplairait pas de lire.

En résumé : un récit d’anticipation qui se tient, intéressant dans ce qu’il apporte comme éclairages plus ou moins utopiques sur le monde de l’entreprise, un peu comme un manifeste à l’usage des patrons, et qui se tiendra d’autant mieux lorsqu’il sera augmenté de récits complémentaires. Il y a matière à…

Publicités