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voilà l'aurore

Titre : Voilà l’aurore

Auteur : Damien Ruzé

Éditeur : Rouge Sang

Damien Ruzé fait se rencontrer plusieurs histoires a priori indépendantes et qui vont pourtant se rejoindre dans un final « explosif », c’est le cas de le dire. Stan, un ex-détenu qui croit avoir inventé la poudre, entendez avoir trouvé le filon juteux pour se faire une place au soleil de la truanderie, se fait recruter par un caïd pour un coup. Une pute, précédemment enlevée et séquestrée, fait l’objet d’une chasse à l’homme dont l’issue est inévitable. Un flic libidineux sur le tard décide de franchir le pas et de passer de l’autre côté de la barrière pour les beaux yeux d’une femme.

Ce roman tient tout à la fois du bon et du moins bon. En parler relève de l’exercice équilibriste car ce qui peut m’avoir horripilé pourrait très bien représenter le Graal littéraire pour d’autres.

La structure du roman est parfaitement maîtrisée. Les histoires se suivent d’abord en parallèle avant que les fils ne convergent vers un lieu unique, celui du dénouement. Là-dessus rien à dire.

Les personnages sont plus ou moins fouillés selon leur degré d’importance dans le récit. On pourrait regretter que ceux du flic et de sa maîtresse ne soient pas plus développés. On s’attache à Stan, personnage de petite frappe qui a les yeux plus gros que le ventre, qui veut devenir caïd, pas forcément à la place d’un autre caïd, mais qui prétend ouvertement à son coin de ciel gris dans le monde du grand banditisme. On s’y attache parce qu’il est vivant avant d’être mauvais, parce qu’il a de l’ambition, parce qu’il a le courage de ses ambitions, aussi parce qu’on voudrait parfois le prendre par les épaules et lui dire qu’il se plante, qu’il devrait prendre parfois le temps de réfléchir. Il est dans l’instantané, dans l’action, rarement dans la réflexion.

Il y a quelques passages très intéressant : réflexion sur la société, sur la place que peut y occuper chacun de nous, scène de bistrot où Stan joue au jeu de la salière avec une gamine, ne veut pas connaître le message de la salière pour garder une part de mystère alors que la fillette va lui prédire sa mort…

Ces passages sont bien écrits mais ils ne sont pas assez nombreux et sont parasités par un style elliptique qui vire à l’épilepsie. Pas de sujet, pas de verbe, rarement un complément, les « phrases » se résument parfois à une succession plus ou moins longue de mots, d’adjectifs ou de verbes séparés par un point. Ce que je reprocherai à l’auteur ce n’est pas tant d’user de cette licence stylistique – ce n’est pas le premier et ce ne sera pas le dernier à le faire – mais d’en abuser et de parfois avoir tendance à cumuler les synonymes et d’être ainsi redondant dans son propos. Alors oui, cela donne au texte un aspect saccadé qui n’est pas forcément totalement étranger à l’état d’esprit des personnages (car ces passages correspondent quand même judicieusement à des pensées des protagonistes concernés et à leurs sensations qu’ils nous relatent) et représentatif de cerveaux sous l’emprise de la drogue (Stan assez régulièrement) ou d’un stress extrêmement puissant (la pute soumise à la chasse à l’homme). Mais que tout cela rend la lecture fastidieuse par rapport à la qualité certaine de la plume de Ruzé quand il se remet à écrire « normalement » !

Dans la famille « abus de tournure de styles », je voudrai ensuite le niveau de langage. Pour une histoire qui se déroule en 2007, Ruzé choisit de placer dans la bouche de ses personnages un argot digne de dialogues d’Audiard et des « Tontons flingueurs » (à ce titre, le livre recèle pas mal de références et pas qu’aux films d’Audiard). C’est un peu pesant de lire à tout bout de champ que telle ou telle personne allume systématiquement une tige et pas une cigarette,… Qui plus est, Ruzé ne fait pas de différence de langage entre les flics, les voyous,… tous parlent le même langage. Un poil décalé donc à mon humble avis.

En résumé : d’indéniables lourdeurs, quelques fulgurances intéressantes et une histoire plutôt bien troussée.

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