Mots-clefs

, , , , , , , , , ,

L'extraordinaire voyage du fakir... - Romain Puértolas

Titre : L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa

Auteur : Romain Puèrtolas

Éditeur : Le Dilettante

Ajatashatru Lavash Patel (prononcez comme vous voulez) est un fakir comme les autres : truqueur, manipulateur, illusionniste, charlatan, j’en passe et des meilleurs. Sa dernière entourloupe lui a permis de se faire payer un voyage en France par les habitants de son village au prétexte qu’il lui fallait un nouveau lit à clous et plus particulièrement le dernier modèle de chez Ikéa en promo à moins de 100 euros. Une affaire, vous dis-je !

Mais son voyage ne se déroulera pas tout à fait comme il le pensait et si les voyages forment la jeunesse, celui-là déformera notre fakir pour le rendre humain, altruiste et amoureux.

« L’extraordinaire voyage… » est une extraordinaire pantalonnade, une rigolade potache mais est loin d’être une pièce de bravoure littéraire. De manière tout à fait subjective, il y a deux choses à noter sur ce livre : une bonne et une mauvaise.

La bonne « note » est relative à l’enchaînement abracadabrantesque des péripéties qui vont jalonner le parcours de notre fakir : sa rencontre avec Marie, son séjour dans la dite armoire qui part pour l’Angleterre, son expulsion vers l’Espagne (il y a du Monthy Python dans les policiers anglais…), son départ pour l’Italie dans une malle de vedette de cinéma puis pour la Lybie et enfin son retour en France pour boucler la boucle, ses mésaventures avec le chauffeur de taxi gitan…

La mauvaise « note » relève du fond du roman : entre clichés (1), bons sentiments qui restent à la surface des choses et n’apportent rien de nouveau sur l’immigration clandestine (2) et considérations au ras des pâquerettes (3), le livre se révèle presque futile et par moment énervant.

  1. Les noms des personnages donnent à Romain Puértolas l’occasion de faire preuve d’inventivité, certes, mais surtout d’aligner, concernant les gitans, les noms à rallonge et à consonance cinématographico-religieuse et de multiplier les prononciations onomatopéennes des noms hindou en jouant sur les sonorités. Drôle mais discutable au bout du compte !
  1. Qualifier les immigrés clandestins de « véritables aventuriers du XXI° siècle » relève pour moi de l’hérésie. Ce n’est pas une joyeuse croisade que ces gens mènent, ce n’est pas plus une expédition de découverte du Nouveau Monde avec les moyens mis à dispositions par un état souverain… L’immigration clandestine est le royaume de l’humiliation, de l’échec, de la précarité, de la fuite, parfois, d’un système politique… Elle a une drôle de tête l’aventure !
  1. Evoquer la Lybie de l’après Kadhafi en écrivant « Neuf mois après le renversement (dans tous les sens du terme puisqu’il en était mort) du colonel Kadhafi par les forces de l’OTAN, le pays était toujours en proie à d’horribles violences, à la violation des droits de l’homme et au viol des femmes. Alors il fallait les comprendre ces pauvres gens. » relève pour la première phrase de comparaisons pour le moins limites de par leur légèreté et pour la seconde phrase du niveau zéro de la réflexion.

Donc, balancé entre d’une part humour et inventivité (on ne peut pas ne pas rire à certains passages) et d’autre part absence de véritable fond (on ne peut pas ne pas soupirer de gêne à d’autres passages), le lecteur que je suis ne sait au final pas trop quoi retirer de ce livre…

Publicités