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La chambre d'Hannah - Stéphane Bellat

Titre : La chambre d’Hannah

Auteur : Stéphane Bellat

Éditeur : MA Editions

Paris, 35 rue de Belleville, 1992 / Paris, 35 rue de Bellville, 1942 : Pierre et Hannah, 11 ans tous les deux, habitent, à des époques différentes, la même chambre. L’une s’y cloître parce qu’au dehors c’est la guerre et qu’elle est juive. L’autre s’y cloître parce qu’au dehors c’est la guerre entre ses parents et qu’il est leur fils. Pierre et Hannah « se rencontrent » dans cette chambre. Pierre ne sait pas pourquoi cela lui arrive à lui mais il sait qu’il devra faire quelque chose pour sauver Hannah.

Ce livre est un coup de cœur assez inattendu en ce début d’année, une excellente surprise dans laquelle il n’y a rien à jeter. Et ne vous fiez pas au pitch : ce n’est pas mièvre même si j’ai versé ma petite larme.

Il est tout d’abord très bien écrit : Stéphane Bellat ciselle des phrases justes, enchaine et entremêle parfaitement ses idées dans les scènes qui sont censées les exprimer, les unes après les autres. Il n’y a pas de parties qui semblent inadaptées ou pas à leur place. L’agencement et l’écriture du roman sont une des grandes réussites du livre.

Ensuite, on ne sait jamais si le récit est celui d’un Pierre adulte qui nous livre des réflexions dignes d’une personne d’un âge certain ou celui d’un Pierre encore enfant que l’on suit à l’école ou avec son copain Maxime et qui nous assène des phrases, des associations d’idées ou des réflexions que seul un enfant de cet âge peut encore avoir. Mais, au lieu de perdre le lecteur, ce mélange se fait très naturellement et donne au contraire un ton à la fois léger et sérieux au livre. Cette ambivalence se tient admirablement tout au long du livre.

Le traitement que fait Stéphane Bellat de la Seconde Guerre Mondiale, en sa qualité de « spécialiste » de cette période (comme le précise la 4ème de couverture), n’est certes pas innovant pour le lecteur adulte qui n’apprendra rien mais pourrait tout à fait trouver un écho particulier auprès d’un lectorat plus jeune pour aborder ces heures noires de l’Histoire. Bellat fait dire au proviseur du collège de Pierre, après l’exposé que fait celui-ci avec Maxime sur la Seconde Guerre Mondiale, qu’il a l’impression que Pierre a vécu tout ce dont il a parlé, et pour cause, il l’a « vécu » par l’entremise de ses rencontres avec Hannah. La puissance du livre de Bellat  (telle que je l’ai ressentie) vient du fait qu’on a effectivement l’impression de vivre au plus près ce qui se passe en 1942.

Enfin, Stéphane Bellat en profite aussi pour traiter d’autres thèmes qui peuvent trouver une résonance auprès de lecteurs à l’aube de leur adolescence tant il les aborde en se mettant en quelque sorte à leur place pour ne pas dire à leur niveau mais sans être pour autant lénifiant, pontifiant ou « poncifiant » : déchirement de parents qui se détestent, amitiés fortes, relation au sexe opposé, aux autres,… La Seconde Guerre Mondiale et le sort des juifs restent toutefois centraux et primordiaux dans le livre.

Ces différents points n’en font pas non plus un livre à réserver aux adolescents et tout lecteur peut y trouver un plaisir non dissimulé à suivre les batailles toutes intérieures de Pierre contre celles toutes exacerbées et exprimées de ses parents, à découvrir le lien qui unit les deux enfants, etc… A ce titre, la fin du livre n’est pas d’une originalité monstre et le lecteur aura tôt fait de se faire une idée sur le pourquoi du comment.

Mais finalement cela n’a que peu d’importance. C’est un livre sur le courage : de dire non à la haine, à l’indifférence, de se prendre en main, d’affronter l’avenir parce que le passé on ne peut pas revenir dessus… C’est un livre un peu universel admirablement écrit et prenant qui, s’il joue sur les sentiments, le fait intelligemment. Bref, vous l’aurez compris, Bellat m’a pris du début à la fin, par les tripes et le cœur, et c’est avec un plaisir certain que je me suis laissé entrainer.