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dessin des routes

Titre : Le dessin des routes

Auteur : Anna Dubosc

Éditeur : Rue des Promenades

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de l’éditeur (ou devrai-je dire l’éditrice eu égard à la femme qui se cache derrière cette maison ?) « Rue des Promenades » à l’occasion des chroniques des livres de Grégory Nicolas (tel le furet vous irez par ici et vous repasserez par-) ou de Monique Debruxelles (tous les chemins mènent à cette page ci).

Charlotte, car tel est le prénom de la femme en question, fait, mais pas toute seule fort heureusement, un travail de fourmi : comprenez qu’elle agit minutieusement mais avec une extrême précision. Elle sort peu le soir de livres chaque année mais chaque livre est une source de découverte et de plaisir. A priori, les seuls livres que je n’ai pas testé dans son catalogue sont les recueils de poésie pour deux simples raisons : 1/ à mon esprit défendant, je n’en lis que très peu et 2/ j’avoue ne pas arriver à me projeter dans une chronique de poésie.

Et qu’on ne vienne pas me dire après ça que je ne suis pas objectif !

Pour en revenir à nos moutons, ou plutôt à nos vilains petits canards tant les personnages de ce roman sont des écorchés de la vie et des sentiments, « Le dessin des routes » ne faillit pas à la règle ci-dessus énoncée.

Anna Dubosc possède un don rare : savoir faire des phrases qui sont à la fois courtes, voir extrêmement courtes, et pourtant percutantes et porteuses de tellement de choses… Je crois que je l’envie un peu !

Arnaud est un homme, quadra ou peu s’en faut, égratigné, physiquement, financièrement et mentalement, par un accident de la route, abîmé par l’amour d’une mère qui se comporte plus comme une bonne copine que comme une mère et dont on ne se dit qu’il ne sait pas plus que le lecteur quel sens il semble donner à sa vie. Il végète dans une espèce de routine composée de son travail sur le port, de ses virées alcoolisées, des avances de la fille mineure de sa logeuse… C’est dans ce contexte un peu particulier qu’il va rencontrer Diane, une jeune femme, il faut le dire, complètement à la ramasse, qui se ballade à poil chez elle et dans son jardin, un peu junkie, un peu fugueuse, son fils Pierre, attachant petit garçon balloté entre sa mère et son père (séparés), Christian, camionneur qui vivote de petits boulots et s’invite quand il veut chez son ex dont il est toujours amoureux et pour finir un travelo nommé Joséphine.

Et pourtant, de cette galerie de portraits cramés émane une petite lumière, une lueur qui ressemble à du bonheur qui n’ose pas dire son nom, celui d’être en vie, de se sentir surtout et simplement vivant même si ce n’est pas la vie rêvée des anges…Attention, les personnages de ce roman ne sont pas tristes. Désabusés, sans illusions peut-être, certainement pas heureux ou satisfaits de leur sort, mais ils sont eux-mêmes et cela semble déjà beaucoup pour eux.

De cette quotidienneté, Anna Dubosc arrive à tirer une certaine poésie, ambivalente, emprunte de renoncement et de rébellion, de désabusement et d’envie d’autre chose. Ses personnages luttent à la fois contre la vie et contre eux-mêmes tels des petits Sancho Panza bretons.

A travers son style et la façon qu’elle a d’aborder son thème, Anna Dubosc nous propose sur ces presque 150 pages d’observer comme un instantané de ces vies bancales. Les routes que dessine Anna Dubosc ressemblent un peu à ces paysage de rase campagne où l’on se retrouve perdu au beau milieu d’une route bordée de platanes dont on ne voit ni le commencement ni la fin et qui zigzague de façon tortueuse, brisant les perspectives, tout comme les vies d’Arnaud, de Diane, de Pierre et des autres n’ont pas de passé et on ne voit franchement pas quel futur… C’est comme si elle prélevait et passait à la loupe une courte séquence de quelques jours sur le film d’une vie.

« Hotement » recommandé ! Disponible en version numérique, il sortira en version papier dans toutes les bonne librairies le 15 mai 2014.

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