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Maladie d'amour - Nathalie Rheims

Titre : Maladie d’amour

Auteur : Nathalie Rheims

Éditeur : Léo Scheer

Alice collectionne les histoires d’amour avec les hommes mariés et a beau jurer ses grands dieux qu’on ne l’y reprendra plus elle rechute avec un beau chirurgien esthétique. Elle raconte tout à Camille, sa meilleure amie. Cette nouvelle passion va inquiéter Camille et attiser sa curiosité, pour le meilleur et pour le pire.

Le déroulement de l’intrigue en soi ne pose pas problème dans ce livre. La tension monte crescendo et de façon rationnelle entre les débuts idylliques de la relation Alice-Daniel jusqu’au chaos dans lequel elle sombre par la suite en passant par la relation Camille-Daniel qui interagit avec la relation Camille-Bertrand (son mari).

Là où le bât blesse, c’est plutôt au niveau du style. Je l’ai trouvé fade et fastidieux, surchargé par moment comme dans cet extrait de la page 67 :

Touria descendait à 8 heures pour emmener les petits au cours Saint-Ambroise, près de l’église du même nom. Une école publique se trouvait à deux pas de chez eux, rue Martel, mais ils avaient préféré les inscrire dans cet établissement catholique d’enseignement privé, attaché à la direction diocésaine de Paris.

  1. Est-il nécessaire de préciser la localisation du cours Saint-Ambroise par rapport à l’église du même nom ?
  2. Qu’apporte la mention de la rue Martel ?
  3. Qu’est-ce que les précisions « établissement catholique » et surtout « attaché à la direction diocésaine de Paris » apportent au texte ?

Nul besoin de développer un argumentaire fastidieux pour répondre « non » et « rien » à ces questions.

Idem dans celui-ci, page 99 :

Durant toute son enfance, il avait été bercé par les récits, parfois rocambolesques, de divorces, de succession, d’acquisitions de biens, mais aussi par la lecture des œuvres complètes de Balzac.

Précisions ici que cet extrait concerne Bertrand, le marie de Camille, qui a repris la société notariale de son père, qu’il est alors dans son bureau où il a a priori passé quelques moments dans son enfance… Que vient donc faire et/ou apporter la précision concernant Balzac ? Encore une fois : rien.

Ce récit semble alourdi par l’impossible sublimation du quotidien pourtant pierre angulaire du roman. C’est la confrontation de ce quotidien et de la fougueuse passion d’Alice pour son Daniel de chirurgien qui va créer la tension et entraîner Camille, femme à la vie pourtant rangée et heureuse, dans le maelstrom de situations et de sentiments contradictoires. Et cela ne fonctionne donc pas, c’est poussif.

Je vous épargnerai l’analyse de la relation entre Alice et Camille et les liens avec « Alice au pays des merveilles » : Camille endosse le rôle de meilleure amie et donc de la sœur protectrice d’Alice dans le conte de Lewis Carroll. Le procédé est un peu facile pour signifier au lecteur peu clairvoyant qu’Alice vit dans un monde onirique quand Camille représente son seul lien avec la réalité.

En fait, on pourrait en tirer un bon film, certes très cinéma français d’art et d’essai s’affriolant du côté du polar psychologique, avec des plans séquences basés sur les scènes imaginées par l’auteure. On pourrait faire quelque chose de visuellement regardable là ou Nathalie Rheims livre quelque chose de pas vraiment lisible.

Et pour finir, il manque une fin, comme si on avait sous les yeux une pièce de théâtre inachevée dont on se dirait « tiens, il manque le dernier acte ». Un sentiment étrange d’inachèvement envahit alors le lecteur désemparé qui reste sur sa faim.

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