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Ange sanglant - Merle

Titre : L’ange sanglant

Auteur : Claude Merle

Éditeur : MA Editions

Claude Merle a écrit une histoire qui se déroule au XVI° siècle, dans le village de s’Hertogenbosch, où un « ange sanglant » assassine des habitants du village coupables a priori à ses yeux d’enfreindre les péchés capitaux. Non content de les torturer, il met ses crimes en scènes de façon macabre selon les schémas esthétiques des œuvres du peintre Jérôme Bosch qui va se trouver mêler à l’enquête au même titre que Jacob Dagmar, médecin et un peu alchimiste sur les bords et le bailli du village, sorte de commissaire de l’époque.

Dans un premier souffle, que Claude Merle soit remercié de ne pas avoir tenté d’écrire un livre à la façon du XVI° siècle ou, pire encore comme on le trouve souvent, un livre façon XXI° siècle et truffé de termes du XVI° siècle… La lecture de ce livre n’en est que plus agréable car elle n’est pas inutilement alourdie par des tournures désuètes, des suites de mots qui nécessitent de se reporter aux notes (exercice que je trouve toujours personnellement fastidieux) ou à une encyclopédie : à vouloir trop en faire, on finit par être pédant et lasser le lectorat.

Après avoir repris mon souffle, que Claude Merle soit également remercié de ne pas recourir aux retournements de situation incessants, aux concours de circonstances habituels. On peut faire du thriller sans abuser du hasard. On pourra toujours dire que le fait de faire avancer l’intrigue par la seule volonté du meurtrier, entendez par là que c’est plus lui qui divulgue ce qu’il souhaite donner à voir que le bon docteur Dagmar qui devine le fin mot de l’histoire, n’est qu’un habillage, il n’en reste pas moins que tout n’est pas affaire de hasards et de quiproquos, loin s’en faut

Je ne vous dirai rien des motifs qui poussent le meurtrier à perpétrer ses tortures et assassinats. A part qu’ils sont finalement fort simples même si l’on n’en devine que des contours bien flous tant Claude Merle parvient à garder un voile de mystère sur ce qui représente l’enjeu de l’œuvre réalisée par le criminel. On en revient fatalement toujours à ce qui fait le côté obscur de la nature humaine : frustration, désir de vengeance, haine…

Enfin, Claude Merle ne noie pas son lecteur sous des monceaux de digressions inutiles. Celles qu’il nous livre ont toutes un rôle à jouer, quelque chose à nous apprendre sur l’affaire qui occupe le bailli, le médecin et le peintre. La présence d’Alicia, jeune muette et servante auprès du peintre avec lequel elle a une liaison, l’intervention des roms (et déjà la même haine que celle que l’on rencontre près de 600 ans plus tard) ou les quelques éléments d’analyse de l’œuvre de Jérôme Bosch (attention, ce livre ne se veut en aucune manière une exégèse de l’œuvre du peintre…) ne sont pas gratuites.

ange sanglant - tableau

Jérôme Bosch – Le jardin des délices

Claude Merle n’en fait pas non plus trop et la limitation à 240 pages de cette histoire lui permet de se concentrer sur son objectif à savoir distraire et donner entière satisfaction au lecteur amateur de thriller : un très bon moment de lecture, captivant ce qu’il faut pour avoir envie de connaître la suite, mystérieux à souhait pour entretenir le suspense jusqu’au bout, une morale qui n’est pas étincelante comme un linceul virginal où le bien et la mal s’épousent dans des noces peu catholiques, une vraie et lente montée de la tension…

De bons ingrédients pour une bonne recette et un bon produit fini en termes de thriller !

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