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Moi, empereur du Sahara - Jean-Jacques Bedu

Titre : Moi, empereur du Sahara

Auteur : Jean-Jacques Bedu

Éditeur : Albin Michel

A la charnière du XIX° et du XX° siècle, Jacques Lebaudy, héritier des sucres Lebaudy et d’une fortune colossale, se pique d’annexer le Cap Juby, pointe de terre du Sahara en qualité d’Empereur.

La famille Lebaudy dans son ensemble est particulière : à commencer par le père qui de délit d’initié en entourloupes boursières monte une fortune colossale qui lui permettra d’assouvir ses penchants sexuels ; à continuer par la mère qui déteste son mari et à des visées de restauration monarchiste vrillée au corps ; pour aboutir aux trois rejetons Lebaudy, par ordre de naissance Jacques, Robert et Max.

Max, le plus jeune, sera emporté le premier par sa folie, ses débauches et ses extravagances sexuels, ruinés par les profiteurs qui auront su l’entourer pour mieux le flouer. Robert, le second, un peu moins extravagant que ses frères, n’en est pas moins fou et engloutira une partie de sa fortune dans l’invention des dirigeables.

Jacques, l’aîné, doué pour les affaires mais enfermé dans son monde fait de mirages qui, comme en plein désert, semblent plus vrais que nature, finira richissime mais complètement aliéné, il aura développé, avec l’aide de son entourage trop prompt à lui dire ce qu’il voulait entendre plutôt que la vérité, un monde fantasmagorique duquel il ne pourra plus jamais sortir.

Il va ainsi s’auto-persuader qu’il est empereur de la partie du Sahara qu’il a annexée sans bataille, sans soumettre militairement ou financièrement les touaregs, annonçant par voie de communiqués qu’il est en train de construire une voie de chemin de fer, une capitale pour son empire et toutes sortes d’autres choses allant d’une armée pléthorique de huit hommes à des entreprises fantômes (que ses proches lui soutiennent être cotées en bourse) quand bien même le premier rail ou la première pierre n’existent même pas.

Ce grand guignol de Jacques Ier sombre dans sa folie et y entraine tous ceux qui l’entourent. Ce bouffon, cet empereur d’opérette se ridiculise tel Ubu dans un délire qui ne semble pas être en mesure de s’achever. C’est un peu cet aspect « toujours plus haut, toujours plus fort » qui agace parce que cela commence tellement fort dès le début du livre qu’on se dit qu’on ne peut pas aller plus loin dans la folie, qu’on ne peut pas repousser indéfiniment les limites et que cela doit bien avoir une fin.

Au-delà de cet aspect inévitable dans la mesure où l’auteur romance une histoire vraie (voir les deux liens suivants : article du Monde du 20 avril 1908 et blog de Jean-Michel COSSON), force est de constater que Jean-Jacques Bedu est doté d’un sens indéniable de la formule qui fait mouche.

Le roman est inégal sur la longueur et prend, à mon goût, un peu trop son temps pour arriver à l’histoire à proprement dites de Jacques. Il faut accepter de passer par la présentation du père et de la mère, des frasques des frères et de celles de Jacques dans sa « période française » avant qu’il n’entame son exil.

On pourra regretter que l’auteur, en restant sur le registre de la comédie burlesque et bouffonne, ne pousse pas plus loin la critique d’une civilisation sur le déclin, d’une société finissante et d’une colonisation qui prouvera par la suite tous les effets néfastes qu’on pensait qu’elle pouvait produire. Jean-Jacques Bedu arrive toutefois à faire résonner les sentiments complotistes de Jacques et de son père avec les discours pas si lointains d’une partie de la classe politique prompte à vilipender les francs-maçons, les juifs,…

Au final une impression mi-figue mi-raisin mais bon, j’aime bien les deux !

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