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Pur sang - Franck Bouysse

Titre : Pur sang

Auteur : Franck Bouysse

Éditeur : Ecorce

Le nature writing est un mouvement typiquement américain ou en tout cas présenté comme tel. Et pourtant, Franck Bouysse lui donne ici des lettres de noblesse toutes françaises !

 

Les hommes sont rien, la terre est tout. C’est la terre qui demeure. Chacun à notre manière, on doit la rendre plus fertile.

Les personnages ont ici un rôle central. Elias, le vieil écossais, même sa fille ou les absents (la famille d’Elias) sont essentiels. Mais c’est bel et bien la nature qui tient le rôle principal, celui sans lequel rien ne serait possible. Du Montana à la France, Elias trace son chemin ou plutôt suit la trace laissée par ses parents. Elevé par des parents de substitutions, indiens, il grandira dans l’écoute et le respect de la nature et donc de soi.

 

Ça serait pas plutôt toi que les esprits risqueraient de déranger ?

Il y aurait quelque chose à redire à ça ?

Pas à partir du moment où ce que tu dis se trouve en face de ce que tu penses.

Elias, après les révélations sur la véritable origine française de ses parents biologiques, part à la recherche de son passé, dans le Limousin, du côté de la Croix du Loup, accessoirement son animal totem. Ses parents ne sont pas ceux qu’on lui a décrits pendant son enfance ou son adolescence. Il va donc essayer de concilier ce qu’il est devenu avec ce qu’il doit devenir en intégrant et en se confrontant à un passé qu’il ne soupçonne pas.

 

La loi, elle fait pas l’homme. C’est la place qu’il se choisit dans le monde qui le fait, et la tienne, je pense qu’elle est là-bas… ou ici. Tu devras choisir.

C’est donc en qualité d’homme en devenir qu’il entreprend son voyage initiatique à plus d’un titre. Il deviendra ce qu’il voudra devenir mais seulement après avoir appris qui étaient ses parents, ce qu’ils ont fait et le pourquoi ainsi que le comment de leur disparition.

Bouysse nous parle des racines de chaque homme et de ce qu’il peut ou veut en faire, pour ainsi faire la part de l’acquis et de l’inné, concilier le recto et le verso de la même médaille, embrasser l’adret et l’ubac d’une même montagne.

 

Parce que la vie peut être simple. Ce sont les hommes qui sont compliqués. Ils se tortillent en attendant la mort et ils oublient de vivre.

Les choix d’Elias ne sont pas évidents : va-t-il renier ses parents biologiques, pervers, immoraux, vils et torturés pour mieux rejoindre ses parents adoptifs, respectueux de la vie, des êtres, des bêtes et de la nature ? quel passé va-t-il renier ? Celui qu’il découvre ou celui qu’il a vécu ? Va-t-il au contraire les concilier ? quelle place, enfin comblé de la connaissance de ses origines et de son enfance, va-t-il se choisir ?

 

Assise sur le rebord de la galerie, jambes dans le vide dont le balancement faisait imperceptiblement remonter la robe, elle glanait les regards des hommes et aussi des femmes, avec la certitude du coupable et pas celle du pêcheur. Parce qu’elle était parvenue à cet âge où le désir ne peut être maîtrisé, le point focal de la toute-puissance féminine. Non pas que les deux femmes se ressemblaient. L’une était blonde et l’autre brune, l’une était rivière et l’autre semblait torrent. Il y avait pourtant quelque chose d’innommable, concentré en chacune, quelque chose comme une forme de méfiance et de défiance envers le genre d’Homme.

Et puis il y a la fille de l’ami écossais qui le renvoie à sa jeunesse, à son passé. Et puis il y a l’ami écossais qui va lui faire découvrir le lieu de ses origines, l’histoire de ses parents et la nature qui vit autour de lui, dangereuse, inhospitalière et pourtant si bienfaitrice. Cette nature qui se présente comme celle qui est responsable de la folie humaine (assassinat du dernier loup de la région, assassinat du père d’Elias par son propre frère, mort de froid de la mère d’Elias dans la neige lors de sa folle fuite…) mais qui sera le lien entre Elias et l’écossais déraciné, entre Elias et son passé, entre Elias et le sens qu’il décidera de donner à son existence.

 

Le livre de Bouysse fonctionne un peu comme le poème de Kipling, If : à travers les épreuves de la vie, Elias se construit pour devenir un homme.

If you can keep your head when all about you

Are losing theirs and blaming it on you

If you can trust yourself when all men doubt you

But make allowance for their doubting too

If you can wait and not be tired by waiting

Or being lied about, don’t deal in lies

Or being hated, don’t give way to hating

And yet don’t look too good, nor talk too wise

If you can dream — and not make dreams your master

If you can think — and not make thoughts your aim

If you can meet Triumph and Disaster

And treat those two impostors just the same

If you can bear to hear the truth you’ve spoken

Twisted by knaves to make a trap for fools

Or watch the things you gave your life to broken

And stoop and build’em up with worn-out tools

If you can make one heap of all your winnings

And risk it on one turn of pitch-and-toss

And lose, and start again at your beginnings

And never breathe a word about your loss

If you can force your heart and nerve and sinew

To serve your turn long after they are gone

And so hold on when there is nothing in you

Except the Will which says to them: “Hold on !”

If you can talk with crowds and keep your virtue

Or walk with Kings — nor lose the common touch

If neither foes nor loving friends can hurt you

If all men count with you, but none too much

If you can fill the unforgiving minute

With sixty seconds’ worth of distance run

Yours is the Earth and everything that’s in it

And —which is more— you’ll be a Man, my son !

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