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Louise - Julie Gouazé

Titre : Louise

Auteur : Julie Gouazé

Éditeur : Léo Scheer

C’est l’histoire d’une alcoolique (Alice) qui a une petite sœur (Louise). Il y a un peu plus de 10 ans d’écart entre les deux. Il y a aussi les parents (Marie et Roger) et le fils d’Alice (Jean). C’est l’histoire d’une famille qui fait semblant : semblant de savoir ce qui arrive à Alice et semblant de ne rien y faire, de ne rien en penser, semblant de vivre comme si de rien était… et qui du coup vit de façon étouffée, silencieuse, mensongère.

Louise en première ligne qui nous livre sa vie, son enfance, son adolescence et sa vie d’adulte, de femme et de mère, en passant par toutes les difficultés physiques et psychologiques qu’elle a traversées. Julie Gouazé en fait peut-être (sûrement) un peu trop dans le pathos vis-à-vis de Louise, surtout de son « passé » d’adolescente en pseudo-rébellion. Elle n’était pas obligée de passer, à 20 ans, dans les mains d’un quadra violent, par exemple. Pour le reste, la partition de Julie sonne plutôt juste quand elle parle de la relation de Louise avec sa sœur ou avec ses parents, à la fois très fortes et très castratrices. Les parents font passer le manque d’appétit pour un manque d’amour, sont contrits d’avoir abandonné Louise en cours de route pour essayer de sauver Alice alors qu’au contraire ils ont enfermé, surprotégé, bâillonné Louise jusqu’à l’écœurement, jusqu’à l’étouffement.

Mais Louise n’est pas dans la détestation ni dans la culpabilisation. Elle est dans la tristesse. Celle de ne pas savoir quoi faire pour aider/sauver et sa sœur et ses parents. Et elle-même « accessoirement ». Elle est face à une situation qui semble lui échapper comme lui échappe sa vie, face à une situation gâchée comme Alice lui gâche involontairement son début de vie d’adulte, face à un futur privé d’espoir comme le présent la prive de sa vie, de sa jeunesse, d’une certaine insouciance.

Un jour, on grandit. Un jour, on vieillit. On se fabrique des strates de souvenirs. On met de côté. On accumule de nouvelles images sur les cicatrices. On se sent fort de quelque chose que l’on efface. Restent des événements qui ont façonné une vie. Des vies. Savoir exister avec. Apprendre. Chasser les fantômes. Déposer son âme au soleil.

Car jamais on n’oublie totalement. La mémoire est vivante et fait ressortir parfois, au détour d’un regard, des images enfouies. Le corps est une carte du passé en même temps qu’un appel à demain.

Louise extériorisera tout ce qui l’a étouffé, tout ce qu’elle a gardé à l’intérieur d’elle, à son corps défendant (de façon assez littérale d’ailleurs), à travers ce corps qui aura du mal à enfanter, qui souffrira physiquement avant de lui accorder un répit en forme de paix, de trêve plutôt parce qu’on sent que Louise reste sur la brèche.

« Louise » est un premier roman, inégal, avec ses maladresses, ses moments forts, ses moments poétiques aussi. Ni très bon ni très mauvais, ni indispensable ni inutile, loin de là, je ne parviens décidément pas à trouver où placer mon curseur… Julie Gouazé trempe sa plume alternativement dans l’acier parfois un peu lourd et dans le coton parfois un peu léger mais elle a indéniablement quelque chose à nous dire.

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