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Une semaine dans la vie de Stephen King - Alexandre Varrin

Titre : Une semaine dans la vie de Stephen King

Auteur : Alexandre Varrin

Éditeur : Léo Scheer

Alexandra Varrin est une fan absolue de Stephen King. De cette espèce si particulière qui frôle l’hystérie et le jusqu’au-boutisme. De cette espèce aussi qui y ajoute une intelligence à la fois féroce mais pertinente. Ce n’est pas tant une semaine dans la vie de Stephen King que nous passons qu’une semaine dans la vie d’Alexandra Varrin qui aura tout de même participé, en novembre 2013, à tous les événements fanatico-mondains qui ont jalonné le premier (et vraisemblablement dernier) passage de l’auteur à Paris. Alexandra a Stephen King dans la peau et ce n’est pas qu’une expression (la photo est publiée avec l’aimable autorisation de l’auteur et crédit photo ©Thierry Rateau)…

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L’exégèse (pas tout à fait quand même, nuançons en parlant d’analyse) qu’elle fait de l’œuvre de Stephen King prouve qu’elle n’est pas qu’une fan, qu’elle est aussi et avant tout une lectrice, dans le vrai sens du terme, avec un œil (et un cerveau) critique et constamment en alerte. Elle s’est construite dans les œuvres de Stephen King parce que les histoires de Stephen King ne servent pas uniquement à effrayer, parce qu’elles ne permettent pas uniquement de s’évader mais parce qu’elles nous disent aussi des choses sur la nature humaine, que ce soit sur la peur, sur la puissance, sur le fatum, sur la volonté… Elle amène la lecture de Stephen King sur un terrain plus vaste (et plus mérité) que l’étiquette réductrice « épouvante/suspens » en abordant, mais ce n’est qu’un exemple, la figure du Mal comme personnage récurrent des livres de Stephen King.

Le récit d’Alexandra est merveilleux de simplicité, d’honnêteté (et donc de recul), d’intérêt, d’analyse, de drôlerie, d’humanité… en résumé il est constitué d’un peu de tout ce que met Stephen King dans ses propres livres. Allant au-delà (mais sans les occulter) des moments de groupie larmoyante à la seul vue de son idole, Alexandra réussit à capter l’attention de son lecteur du début à la fin en mêlant très justement le récit simple de ces cinq journées, celui de la construction de sa personnalité et celui de sa lecture/analyse des textes de Stephen King.

A travers ces quelques jours, à travers les livres de Stephen King, à travers son enfance et son statut d’écrivain, Alexandra se livre et s’interroge sur son rapport à l’écriture : pourquoi a-t-elle voulu écrire ? Comment a-t-elle voulu écrire ? Qu’a-t-elle voulu écrire ?

Alexandra développe d’ailleurs un rapport très particulier à son statut d’écrivain et au microcosme littéraire. Peut-être parce que ce n’est pas son vrai métier, peut-être parce que ce n’est pas sur cela qu’elle compte pour vivre même si elle reconnait la nécessité d’écrire. Pourquoi fait-on les choses finalement ? Parce qu’on en a envie ou parce qu’on en a besoin ? Sûrement un peu des deux, la différence se situant sur la capacité ou non à pouvoir « décrocher ».

Alors oui, le statut de blogueur, tout comme le statut d’écrivain, a un côté très narcissique et peut provoquer le sentiment fallacieux d’exister au-delà de son propre environnement habituel (familial, professionnel, amical…). Alexandra, en ne se prenant pas pour ce qu’elle n’est pas, en restant honnête avec elle-même et ses lecteurs, développe une personnalité attachante, drôle, pertinente, peut-être à son corps et à son esprit défendant mais diablement intéressante.

Un regret toutefois, si je puis me permettre… J’ai comme elle dévoré et adoré Le Fléau et Ça, qui ont émerveillé mon adolescence, je n’ai pas contrairement à elle lu Dôme ni la Tour Sombre, mais j’ai par contre été beaucoup marqué par Marche ou Crève que Stephen King a signé sous le nom de Richard Bachman. C’est donc avec une légère tristesse que j’ai refermé la dernière page du livre sans qu’elle ait abordé ce récit où le vainqueur d’une course à pied est celui qui reste le dernier debout, le dernier vivant… Je sais finalement de source sûre que le choix des œuvres citées dans le livre n’est pas issu d’une longue réflexion ou d’une volonté délibérée de mettre en avant tel ou tel ouvrage mais s’est fait naturellement en fonction de sa propre histoire avec les livres de Stephen King et de ce dont elle voulait parler de Stephen King.

Alexandra Varrin donnant tout à la fois envie de relire du Stephen King et de lire du Alexandra Varrin, il lui sera énormément pardonné. Tiens, j’ai d’ailleurs déjà acheté Dôme, tomes 1 et 2… C’est maman qui a tué le père noël pourrait suivre rapidement…

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