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Flic de rue - Fred de Mai

Titre : Flic de rue

Auteur : Fred de Mai

Éditeur : Rouge Sang

Ceci n’est ni un thriller, ni une histoire tirée d’une histoire vraie… C’est une histoire vraie ! Celle de Fred de Mai, nom de plume d’un « flic de rue » toujours en activité, accessoirement photographe (son propre travail apporte une touche, certes pas du tout colorée, mais réussie à l’ouvrage).

Et c’est plutôt réussi aussi en terme d’écriture. Sur les premières pages, le style achoppe un peu. On s’interroge sur ce rythme particulier : des « chapitres » d’une à deux pages entrecoupés de poésies de même longueur jusqu’à ce qu’on réalise que, tel un Mr Jourdain des temps modernes, on lit du slam sans le savoir, que ce soit sous forme de prose ou de vers. A partir de là, une fois ce rythme particulier intégré et accepté (et cela peut ne pas plaire à tout le monde) par notre petit cerveau, la lecture est plus facile, plus fluide… comme du slam qui coule à toute berzingue dans un besoin compulsif de s’exprimer.

Car c’est finalement de ça dont il s’agit : Fred de Mai ressent ce besoin de s’exprimer sur son métier, sur sa vie (l’un étant sans aucun doute le pendant de l’autre et vice versa), sur sa carrière. Chaque passage est un souvenir évoqué par le policier : tantôt drôle, tantôt grave, tantôt triste, tantôt ubuesque. si on met un peu de temps à rentrer dans ce curieux témoignage, on finit inévitablement par être touché par cette confession aux accents sincères.

Sur ce principe, Fred de Mai nous livre aussi ses aigreurs vis-à-vis de sa hiérarchie, vis-à-vis d’une administration qui sait aussi frapper ses propres membres dans un réflexe emprunt autant de sadomasochisme que de nombrilisme. Le seul hic étant, selon moi, que Fred de Mai nous fait passer l’image d’un flic, droit dans ses bottes, parangon de justice et de droiture morale qui a du mal à accepter les reproches et blâmes divers et variés, justes ou injustes, que son administration lui a infligés, sans en donner les raisons, objectives ou non. Je ne veux surtout pas sous-entendre qu’il aurait forcément tort face à son employeur mais il manque un point de vue et à tout le moins le point de départ de certains aspects de son histoire personnelle et professionnelle. Ce dernier trait de caractère expliquant peut-être cette réserve.

Donc, le style ne plaira pas forcément à tout le monde, c’est certain, mais il n’en reste pas moins que certains passages sont poignants parce qu’ils ont été vécu à 100 %, sans romance, sans caractère fictionnel, parce qu’ils sont, tout bêtement, parce qu’ils témoignent de toutes les facettes d’un métier que l’auteur aime, on ne peut s’y tromper, et n’envisage pas de quitter. Parce qu’il lui a apporté autant de bonheurs que de malheurs, parce qu’il lui permet d’exister en dehors de lui et d’avoir le sentiment de servir à quelque chose. Le fait pour Fred de Mai d’écrire n’est pas gratuit, ce n’est pas un petit plaisir qu’il s’offre ou qu’il nous impose mais une nécessite qui s’impose à lui et qu’il nous offre.

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