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Camille Von Rosenschild - Spiridons - Tome 2

Titre : Spiridons – T2 – La prisonnière du Kremlin

Auteur : Camille von Rosenschild

Éditeur : Don Quichotte

J’écrivais en conclusion du billet concernant le tome 1 qu’ « au-delà de quelques faiblesses inhérentes à ce type de premier roman (tâtonnements sensibles dans la construction de l’histoire, par exemple, avec une phase d’exposition un peu longue et un style qui se cherche encore notamment dans les descriptions, parfois un peu trop littéraires), ce « Spiridons » première cuvée donne (surtout) envie de goûter, pardon lire, le second… ».

La deuxième cuvée est donc arrivée et l’auteure, telle un bon vin, se bonifie clairement avec le temps ! Et je ne dis pas ça que parce que Camille m’a mis un petit mot fort gentil dans mon exemplaire…

Est-ce parce qu’on se remémore les personnages du premier tome (Victor, ses cinq spiridons – les âmes de Victor, voir plus bas –, Horace, Mara et Olga, les Boyarins…) ?, est-ce parce que le style est plus abouti ?, est-ce parce que la phase de présentation du tome 1 n’a pas lieu d’être répétée et que l’action se déverse dès les premières lignes dans les veines du lecteur ?, est-ce parce que Camille maîtrise beaucoup mieux la structure de son livre ?, est-ce parce que cette fois-ci on sait quand l’auteure place son histoire au XVI° siècle et quand elle la place au XX°-XXI° siècle ?, c’est un peu tout cela à la fois et toujours est-il que la lecture du début du tome deux laisse entrevoir de belles choses pour la suite, de belles promesses tenues jusqu’au bout.

« Spiridons » reste avant tout et principalement un vrai bon roman d’aventures remplaçant les capes et les épées par un curieux Don permettant à certaines personnes d’invoquer et/ou de convoquer les âmes des humains, composées par les personnalités précédentes  mortes et qui s’attachent pour ainsi dire successivement les unes aux autres pour coller à un nouveau-né et en influencer la personnalité (Camille propose une assez jolie image à ce sujet avec un sac plein de lettres qui composent le prénom d’un être humain : quand il meurt ses lettres viennent se mélanger aux précédentes pour former un nouveau prénom. Les spiridons seraient en quelque sorte ces lettres).

Le roman entremêle cultures russe et tzigane, esprits et fantômes. Mais il n’oublie pas de s’interroger (et nous par la même occasion) sur nos propres croyances dans le monde des esprits et des âmes, sur l’influence de personnalités passées sur la nôtre aussi bien que sur la maîtrise que nous avons (ou pas) sur notre vie, sur notre destin.

Camille jongle entre trois récits qui se répondent sur plusieurs siècles. Elle nous livre le récit que fait le prince Aleksandr de sa relation avec le Tsar Ivan le Terrrible dans les années 1580, de sa découverte des spiridons et de son apprentissage du Don d’invocation des spiridons. Ce récit (ou plutôt ce journal puisque c’est de cela qu’il s’agit) et ses développements préparent bien entendu l’action qui se déroule de nos jours : celle qui se déroule en 2013 avec Victor qui part à la poursuite des Boyarins, des prêtres ennemis jurés des Tziganes et détenteurs du Don, et celle que Camille fait courir des années 1970 à nos jours où l’on suit les agissements d’Olga qui joue avec le feu en étant, involontairement, à l’origine de la création des Boyarins et, sciemment mais dangereusement, à celle de l’avènement de Victor par le truchement de la manipulation et du plus abominable des crimes en provoquant les malheurs de Victor.

Les différentes parties se répondent, renvoient de l’une à l’autre et les chapitres distillent des informations qui finissent toujours par trouver leur justification et leur place. Rien n’est donc gratuit, ni dans le récit de Camille ni pour ses protagonistes. Camille ne sombre pas non plus dans la facilité dans la mesure où aucun de ses personnages n’est totalement et foncièrement bon ou méchant. En jouant sur l’ambiguïté de ces caractères, elle rend le dénouement incertain, les quêtes aléatoires et les motivations troubles. Il n’y a pas d’innocence, ni chez les spiridons ni chez les humains. Ce que l’on sentait poindre sous les maladresses du premier tome, les promesses sous-jacentes qu’il dévoilait se libèrent ici pour emporter le lecteur loin, dans les steppes russes et sibériennes sans jamais le lâcher.

Enfin, Camille développe bien les relations de Victor avec ses spiridons, leurs liens et leurs rivalités, les desseins des Boyarins quant à l’usage qu’ils souhaitent faire des âmes qu’ils convoquent…

Ce tome semble clore un premier cycle de la vie de Victor et tient en ses dernières pages la promesse d’un nouveau cycle. Tant mieux. Mais, pour moi qui ai gardé le plaisir de ce type de romans d’aventures, l’attente risque d’être longue.

Un dernier mot sous forme de question à Camille : est-ce que la Mara de son histoire est en rapport avec la Mara de « La quête de l’oiseau du temps » ? La figure de sa Mara qui confond volonté de protéger la grande famille tzigane et soif de pouvoir personnel ressemble à la Mara de Loisel sincèrement amoureuse du chevalier Bragon et qui oscille entre protection de son peuple et de sa terre, sous couvert de servir accessoirement la science, et assouvissement de ses désirs personnels.

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