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Mes lèvres sont mortes à minuit - Arièle Butaux

Titre : Mes lèvres sont mortes à minuit

Auteur : Arièle Butaux

Éditeur : Ecriture

Laura vit avec Paul dans un appartement d’une blancheur éclatante, la seule dans laquelle Laura peut (sur)vivre. Paul, peintre de son état, est d’ailleurs forcé à son corps et son talent défendant de ne peindre que des toiles blanches. Dans cette apparente perfection, plusieurs personnages s’agitent autour du couple : Malika, la femme de ménage, Alexandre, l’ancien amant de Laura et Hélène l’amie de Laura, qui voudrait tant lui ressembler et ancienne maîtresse de Paul.

Cette immaculation qui devrait symboliser la pureté, la perfection cache bien entendu un capharnaüm indescriptible : dans la seule pièce fermée à clef où personne ne rentre et dont s’échappe régulièrement un filet de musique, dans la tête de Laura qui est tour à tour absente, excentrique, belle, mystérieuse, coléreuse, lunatique, inquiétante.

Au cours d’une énième dispute, une tache de sang vient gâcher la blancheur du monde de Laura, une tache indélébile, une erreur qui perturbe son bel édifice et, avec le concours de Paul qui vit sa peinture de façon totalement émasculée et contrainte, lui l’amoureux des couleurs réduit à la plus simple expression incolore, va le faire éclater en mille morceaux. Cette tâche renvoie au passé tragique de Laura, un passé qui va resurgir et tout emporter sur son passage.

Le lecteur aura finalement l’explication de ce besoin compulsif de blancheur qui évoque autant la notion de l’apparence que de la pureté et du caractère éphémère des choses. Si les dialogues sont bien menés entre les protagonistes, il manque parfois des transitions entre les scènes qui ressortent comme autant d’actes d’une pièce de théâtre avec une tendance au saut du coq à l’âne. Le fil d’Arièle se tend et se détend mais comme s’il avait été coupé à certains endroits, amputé d’une petite partie et renoué pour donner une histoire qui se tient mais dont il manquerait des passages. Pas d’énormes passages mais des tous petits riens qui donneraient une impression de complétude.

« Mes lèvres sont mortes à minuit » est suivi d’un petit texte présenté cette fois-ci comme une pièce de théâtre avec indications scéniques à la clef et consistant en un dialogue entre Cinq-Mars et le roi Louis XII. Rappelons que le marquis de Cinq-Mars, Henri Coiffier de Ruzé d’Effiat de son vrai nom, a été exécuté pour trahison envers son roi et le cardinal de Richelieu à l’âge de 22 ans. Le dialogue imaginé par Arièle a lieu dans la prison de Cinq-Mars un peu avant son exécution.

Cette partie est en fait la plus réussie du livre, Arièle semblant, sans avoir lu ses autres ouvrages, avoir une affinité plus prononcée avec le théâtre et les dialogues. Elle y expose toute l’ambigüité de la vie de cour, des privilèges aussi vites retirés qu’ils ont pu être donnés, y parle d’une relation charnelle de Louis XII pour Cinq-Mars à travers le prisme d’une relation père-fils (Louis XII et Cinq-Mars étant l’un et l’autre alternativement l’un pour l’autre) et amant-amant qui va se disloquer au nom de la raison d’état qui prime sur tout le reste.

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