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Dans une prison de femmes - Isabelle Rome

Titre : Dans une prison de femmes

Auteur : Isabelle Rome

Éditeur : Editions du Moment

Isabelle Rome est juge à Versailles. Pendant un an, avec l’autorisation de l’administration pénitentiaire, elle a rencontré détenues et surveillantes de la prison de Versailles, à deux pas du château pour dresser un constat de la vie de femmes dans ce monde là.

Un maître mot ressort de ce bilan : humain. L’être humain est parfois oublié derrière la condamnée (et donc reconnue coupable) aussi bien que derrière la femme qui travaille en prison. La reconnaissance du statut de femme/mère pour la détenue et la reconsidération de leur travail pour le personnel féminin de l’administration pénitentiaire est un pilier indispensable, souvent fragile, parfois absent.

Si elle représente un préalable indispensable, si elle est en quelque sorte la fondation sur laquelle un nouveau système pénal et carcéral pourrait être érigé, il ne se suffit pas à lui-même.

Isabelle Rome reconnait et avec elle les femmes qu’elle a rencontrées que la prison de Versailles est une prison hors norme : pas de surpopulation, peu de détenues et donc un traitement humain voir particulier. Elle parvient toutefois à montrer du doigt quelques axes de réflexion intéressant dans le but de faire en sorte que les prisons remplissent les deux missions qui lui sont confiées : assurer la réalisation de la sanction pénale et permettre la réinsertion…le second volet étant le plus difficile à assurer à l’heure actuelle.

Les femmes qui purgent leur peine à Versailles ou qui y sont gardées dans l’attente de la décision judiciaire sont et restent des femmes, parfois des mères qui ne veulent pas perdre leur statut maternel, ce que la justice ne leur retire d’ailleurs qu’exceptionnellement, l’administration dans son ensemble s’en chargeant très bien de son propre cher et presque naturellement… il est d’ailleurs important de noter qu’Isabelle Rome rapporte qu’aucune détenue ne remet en cause les motifs qui les ont amenés là où elles en sont aujourd’hui mais qu’elles interpellent leur interlocutrice sur les conditions mêmes de leur incarcération.

Isabelle Rome, après une narration portant sur les différents témoignages qu’elle a pu recueillir et fort bien présentés, livre ses pistes de réflexion en fin de livre :

  • Amélioration de la prise en charge carcérale par un plus grand respect de la dignité des détenues et du personnel
  • Amélioration des conditions de détention (intimité, relations mères/enfants,…)
  • Suivi individualisé (si le suivi psychologique est, à Versailles, particulièrement bien assuré, ce n’est pas le cas du suivi psychiatrique quand il est nécessaire voir indispensable)
  • Exercice des droits (une détenue, sauf décision judiciaire, conserve son rôle d’éducation auprès de ses enfants, son droit de vote,…)
  • Maintien des liens familiaux (délai moindre entre la phase d’écrou et de la première visite d’un enfant au parloir,…)
  • Soutien des personnels de surveillance et revalorisation de leur mission (formation psychologique et psychiatrique du personnel,…)
  • Inscription de la prison au cœur de la cité (au sens de société, la prison ne doit plus être vu comme un espace coupé de la sphère républicaine : créer des interactions entre les deux mondes intérieurs et extérieurs, les réticences pouvant venir des deux, permettre l’accès à Internet, de façon sécurisée et encadrée, pour permettre, par exemple, à des femmes préparant un diplôme de faire des recherches…)
  • Réflexion sur le système pénal et la manière de rendre la justice (portée et conséquence des décisions, délais de traitement des dossiers et de rendu de la justice, réalisation des courtes peines, alternatives à l’emprisonnement,…)

Sans tomber dans l’angélisme, Isabelle Rome pose de bonnes question, y apporte des éléments de réponse et ouvre ce qui devrait être un débat national qui mette l’humain au cœur de ses réflexions pour ne pas oublier que si la justice condamne des criminels, ce sont aussi des hommes et des femmes qui n’ont pas tous commis des crimes de sang. Certaines des personnes qu’Isabelle Rome a rencontrées ont la volonté de s’amender, il serait dommage que l’absence de réponse de l’administration soit une cause de rechute et de récidive.

C’est ce regard humain derrière celui de la juge qu’Isabelle Rome a porté sur cet univers opaque, même pour elle dont le métier le concerne pourtant directement.

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