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litanies du lait

Titre : Litanies du lait

Auteur : Charlotte Bayart-Noé

Éditeur : Rue des Promenades

Je ne vous saoulerai pas une fois de plus en vous noyant sous tout le bien que je pense des éditions Rue des Promenades… Non, je vous saoulerai cette fois-ci au sujet de l’éditrice elle-même, accessoirement la responsable du petit volume dont vous lisez le billet avant de le lire tout court, du moins je l’espère.

J’ai eu le plaisir de prendre un verre avec Charlotte quelques jours avant la sortie de l’ouvrage et de parler avec elle, entre autre, de son « métier » d’éditeur, mais pas que, loin de là. Vous voyez donc qu’il n’y a aucun copinage dans cette affaire. Je dois bien dire qu’il est des personnes, rares et précieuses, avec qui la discussion ne relève jamais de l’obligation, avec qui même un blanc, aussi court soit-il et il l’est toujours, est plein de petites choses appréciables. Charlotte fait indéniablement partie des personnes avec qui un moment passé à discuter est un moment gagné et surtout pas un moment perdu. Elle est passionnante et passionnée… Allais-je retrouver la même chose dans son livre ? Cette question cruciale et la taille de ma PAL ont repoussé jusqu’à maintenant le moment où j’allais entreprendre sa lecture…

Ceci étant posé et une litanie étant une suite de prières liturgiques d’intercession, je pose donc la question suivante : auprès de quel Dieu et pour qui Charlotte souhaite-t-elle donc intercéder ?

Cela fait déjà une deuxième question posée sans que j’y apporte la moindre réponse ?! Vous avez raison et je vais essayer d’y remédier immédiatement… en commençant par la seconde question, vous antidaterez les questions et les réponses et remettrez la chronique dans le bon ordre vous-même.

Ces litanies sont avant tout pour elle-même ! Elles sont autant de fragments de souvenirs, petites touches impressionnistes sans lien entre elles mais avec toutes pour fil conducteur le lait. Qu’il soit maternel (elle a allaité), en bouteille, en bidon, pasteurisé, stérilisé, transformé en fromage, en beurre, en crème, de coco, de vache… le lait est affaire de transmission, de passage de l’enfance à l’adolescence puis à l’âge adulte, de génération en génération en génération en génération. Touchez au lait, modifiez-en la réglementation quant à la production, au stockage, à la vente, à la consommation, le lait reste un trait d’union intergénérationnel et un trait d’union pour chacun d’entre nous à chacune des étapes de notre vie, du biberon ou du sein que l’on a tété au lait dont on use en cuisine en passant par le bol de céréales ou le cacao du petit-déjeuner.

Le lait est universel et c’est en cela qu’il relève de la divinisation à laquelle procède Charlotte qui en appelle autant à ses souvenirs qu’à des sensations ou des événements plus récents. Dans ce joli capharnaüm cacophonique, la question de la maternité est ultra présente et parlera autant aux mères qu’aux pères. Pour celles et ceux qui ne rentrent pas (encore) dans ces catégories, ne vous inquiétez pas, il y en a pour tout le monde. Si je vous dis que le lait a quelque chose d’universel, ce n’est pas pour rien. J’y viens…

Si cette question est centrale pour Charlotte, et si tout le monde n’est pas passé par la phase « mère » ou « père », elle n’est pas omnisciente ni omniprésente : le lait englobe aussi des thèmes qui résonnent comme un écho à l’enfance par laquelle tout le monde a bien été obligé de passer un jour ou l’autre, certains y restant une bonne fois pour toutes…

Il y a quelques passages très poétiques sous la plume fluide de Charlotte, tour à tour tendre, professionnelle, énervée (face au diktat de l’allaitement). Ces litanies sont rafraîchissantes, cela tombe bien j’ai toujours préféré mon lait froid… Sur ce, je vous laisse, je vais aller sucer mon pouce…

Ah au fait, est-il vraiment encore besoin que je réponde à la première question ?

Un dernier petit mot s’impose pour conclure, sur les dessins de Noémie Barsolle : ils ont quelque chose de Crumb qui colle bien au texte dans leur exagération et leur exubérance.

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