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La sixième extinction - Guillaume Lebeau

Titre : La sixième extinction

Auteur : Guillaume Lebeau

Éditeur : Marabooks

Moi et ma manie de lire des trucs pas dans le bon ordre… « La sixième extinction » fait suite au « Troisième pôle » qui mettait en scène les premières aventures écologistes d’Ethan Therel, agent de la DCRI, travaillant en sous-main pour l’association altermondialiste et écoterroriste Blue Rage, et de Smila Sibir, paléoclimatologue dont le père a été tué dans la destruction criminelle d’un laboratoire.

Ethan et Smila, fortement attirés l’un par l’autre mais trop pris par leurs aventures et leurs mensonges l’un envers l’autre pour folâtrer librement, sont en Antarctique pour tenter de sauver la base Concordia d’une attaque rien de moins que nucléaire avant de se rendre à Grenoble puis en Sibérie sur les traces d’une carotte glacière dont s’est occupé le père de Smila, tandis qu’en Asie le chaos prend différentes formes : le séisme ayant ébranlé Fukushima, l’assassinat d’un ingénieur employé par TEPCO qui allait tirer la sonnette d’alarme, la tentative d’assassinat d’un magnat coréen chef d’une secte et qu’au Groenland un obscur entrepreneur œuvrant dans l’énergie tente de mettre fin aux exactions du Troisième Pôle, société secrète qui vise l’établissement d’un nouvel ordre mondial en accélérant le processus des catastrophes naturelles, ennemi juré de Blue Rage, avec des méthodes qui ne font pas que friser le grand banditisme…

Guillaume Lebeau convoque tout ce qui a trait aux théories complotistes : une multinationale tentaculaire et aux accointances plus qu’avérées avec toute forme de mafia ourdit un complot à l’échelle planétaire pour créer un chaos climatique et en tirer tous les bénéfices que ce soit en terme d’argent et de pouvoir, à laquelle seule une poignée d’individus, venus de divers horizons, mais tous plus ou moins scientifico-écologistes, intègres, généreux et courageux, tente de s’opposer, pendant que des opérations organisées par une secte coréenne ou par une entreprise d’énergie viennent mettre le grain de sable sur un échiquier déjà encombré d’une société internationale paramilitaire qui vend ses services au plus offrant, celui-ci étant alternativement la secte, le Troisième Pôle…

On l’aura compris, tout le monde est noir, tout le monde trahit tout le monde, sans pratiquement aucun état d’âme, nécessité faisant force de loi.

N’ayant pas lu le premier tome, celui-ci posant a priori tout un tas de pré-requis sur les personnages principaux, sur le Troisième Pôle et sur ses buts, sur l’association Blue Rage qui s’y oppose…, j’ai eu du mal à rentrer totalement dans le livre. Quelques lourdeurs, éphémères, dans les premières pages n’aidant pas à s’intéresser pleinement à une histoire qui tombe parfois dans l’exagération et le rocambolesque.

Et puis la mayonnaise prend peu à peu même si Guillaume Lebeau traite ses personnages de manière un peu caricaturale. La gentille et jolie scientifique est vraiment gentille et très intelligente et très jolie ; l’ex-agent secret retors au passé louche est vraiment retors au passé louche ; le méchant est vraiment méchant, sans états d’âmes, entouré de brutes épaisses vraiment brutes et vraiment épaisses ; la belle, intelligente et scientifique italienne pète-sec est vraiment pète-sec et intelligente et italienne. En résumé, il n’y a pas de quidam dans les personnages principaux et le lecteur lambda ne trouvera que peu de sources d’identification en dehors du reste du monde qui n’est là que pour faire de la figuration et pour encaisser passivement les exactions des uns (le Troisième Pôle ou la secte) et des autres (les écoterroristes de Blue Rage). C’est un peu étrange compte tenu du fait que pas mal de romans dans cette veine tablent sur l’identification du lecteur au personnage central, sorte de figure fantasmée du héros que le lecteur n’est jamais mais qu’il rêverait d’être.

Après, il y a deux vraies questions derrière tout cela.

Tout d’abord, il y est fortement question de dérèglement climatique. Si l’humanité dans son ensemble n’y est pas étrangère, elle pêche plus par absence de réaction que par volonté de nuire, contrairement aux 12 membres (11 puisqu’un d’entre eux est mort dans le tome 1) du Troisième Pôle qui ne poursuivent qu’un seul but : accélérer le processus inéluctable en jeu pour en tirer les marrons du feu. Notre passivité est-elle criminelle ? Bien évidemment oui. Mais la fatalité est en marche et toute prise de conscience et réaction à l’échelle planétaire ne ferait que ralentir un phénomène inévitable… La sixième extinction serait humaine dans son origine et dans sa cible.

Ensuite, il y est aussi question de savoir si la fin justifie les moyens. Mettons de côté le Troisième Pôle dont la noirceur des projets n’est pas à prouver. Arrêtons-nous sur Smila et Ethan (surtout sur Ethan) dont les agissements sont illégaux pour la première et basés sur le mensonge, le meurtre, la trahison et l’acte terroriste pour le second dont les motivations ne sont pas claires. Arrêtons-nous sur la secte coréenne et cet obscur nordique qui à jurer la perte du Troisième Pôle dont là encore les motivations de l’une comme de l’autre sont opaques. Arrêtons-nous sur la structure paramilitaire dont les responsables montrent aussi, derrière la façade du mercenaire impitoyable, la figure d’êtres humains attachés à certaines valeurs, certes centrées sur leurs personnes mais au demeurant plutôt nobles.

Tout cela se révèle donc un peu ambigu et le lecteur, contraint de faire ses propres choix, n’en a plus d’autre que de s’en remettre à Smila, dernier rempart contre la guerre virologiste que souhaitent mener le Troisième Pôle et le secte coréenne, toutes deux à la recherche d’un nouvel ordre mondial, quitte à provoquer l’extinction de la race humaine, ultime rempart qui ne ferait malheureusement que retarder l’échéance.

Une lecture mi-figue mi-raisin avec quelques maladresses, quelques bons voir très bons passages, d’excellents dialogues et un message d’alerte quant à l’état climatique de notre planète et quant à la course contre la montre qui est entamée par l’humanité qui fonce vers sa perte, processus entamé de longue date.

Tu parles d’expérience ?

L’expérience est une lanterne accrochée dans le dos et qui n’éclaire que le chemin parcouru.

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