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tempête sur nogales

Titre : Tempête sur Nogales

Auteur : Thierry Berlanda

Éditeur : La Bourdonnaye

Le trou-du-cul-du-bout-du-monde n’est pas forcément un petit village paumé en France. Il peut être paumé ailleurs comme par exemple du côté de la frontière mexicaine, en plein désert. Et c’est là que nous emmène Thierry Berlanda. Le lecteur survole le patelin, complètement paumé, desséché, abandonné et isolé, de Nogales, situé quelque part entre nulle part et rien.

En dehors du « gosse » dont ce livre est le récit alcoolisé et amouraché par lui-même des quelques jours qui ont précédé une tempête à la fois orageuses et humaine qui s’est abattu autant sur les lieux que sur les êtres qui peuplent, de façon un peu fantomatique, ce livre.

Le gosse est amoureux de Jess, la jolie tenancière d’un rade pour routier (mais pas sympas) qui désaltère les gorges ensablées de ses clients à coup de boisson et de chansons soul, et de la tequila. Clochard mécano, souffre-douleur des routiers de la région, de Dennewish, le tenancier du bordel de Nogales, et de la Mouffette surnommé ainsi parce qu’il empeste, le gosse est le témoin à la fois privilégié et impuissant de l’arrivée d’un véritable orage pluvieux annonçant l’arrivée en ville du caïd local dont Jess, pour une raison que nous ignorerons jusqu’à la fin du livre, a tout à craindre.

Je vais commencer par citer un extrait de la chronique de Gaby dont l’intégralité est disponible ici, pour la simple et bonne raison que j’ai ressenti un peu la même chose :

« Tempête sur Nogales » est un roman dont l’écriture m’a déstabilisée. (…) J’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire car la forme narrative est un peu contemplative. Après quelques pages, j’ai décroché car je me suis ennuyée. Trop de lenteur, trop d’immobilisme dans la narration.

Le démarrage est déstabilisant, le style parfois pompeux ou emphatique, Thierry Berlanda s’attachant tour à tour à vouloir faire des phrases, comme pour montrer qu’il est à l’aise dans son récit et sûr de son style, ou à les déconstruire pour mettre des points au milieu de celles-ci (coupant les phrases en autant de tronçons que de parties la composant, sujet/verbe d’un côté et compléments de l’autre). Et puis, en persévérant (parce qu’il faut persévérer et aller au bout), on s’affranchit petit à petit de tout cela pour se concentrer sur l’histoire et la structure du livre qui s’appuie sur la montée en puissance de la tension jusqu’à l’éclatement final.

Et de ce point de vue, pour tout dire, cette « Tempête » n’est pas si mal que cela.

Le décor planté par Thierry Berlanda fait parfois un peu décor en carton-pâte hollywoodien tant il accumule tous les clichés : une route vide, un rade paumé au milieu du désert, la femme indienne, dernière survivante de son peuple assassiné par l’homme blanc, le routier chevalier-servant qui va sauver la belle, le mec débrouillard qui alimente toute la région, le méchant très méchant et le méchant bête et brutal très bête et très brutal… Mais au-delà de ces faiblesses, l’histoire est parfaitement amenée, de la présentation des personnages principaux au final sanglant en passant par les états d’âme du gosse ou la peur et l’angoisse croissantes ressenties par tous les protagonistes.

A propos des protagonistes, un truc frappant dans l’histoire de Thierry Berlanda qui se joue finalement de toute simplicité (et en essayant de dévoiler le moins possible la fin) : le camp des gentils n’est finalement pas si innocent que cela tandis que la faction des méchants, qui sont de vrais méchants, ne nous y trompons pas, ont de leur côté de « nobles » raisons, j’y inclue Cooper, le héros de ces dames, dont on se doute dès le départ que l’attention qu’il porte à Jess n’est ni gratuite ni pure.

La maîtrise de la structure narrative et le bon scénario compensent la tendance à la claudication du style. Si ce livre était une table, gageons qu’elle n’aurait que trois pieds mais que ceux-ci seraient plutôt solides pour peu qu’on y accorde un peu d’attention.

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