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Titre : Metzger voit rouge

Auteur : Thomas Raab

Éditeur : Carnets Nord

Willibald Adrian Metzger. Des initiales qu’il porte bien malgré une ressemblance avec le groupe presque éponyme (le H étant muet, il me sera beaucoup pardonné) de George Michael que l’on pourrait qualifier de totalement absente en dehors du mot « pop » qui se rapporte dans le cas du groupe au genre musical dont il est soi-disant le plus proche et dans le cas de Metzger au doux bruit de la bouteille de vin rouge que l’on débouche à peu près à n’importe quelle occasion.

Metzger, donc, vit le parfait amour avec Danjela Djurkovic, parfait étant ici à comprendre selon la définition metzgerienne qu’il pourrait donner de sa relation djurkovicienne à savoir quelque chose d’assez platonique mais intense, d’assez distancié pour créer un manque à chaque absence de l’un ou de l’autre, bref un truc qui l’unit à Danjela dont il finira par se rendre compte qu’il s’agit d’un lien extrêmement fort, même si cette découverte se fait à son plus grand étonnement.

Au-delà de l’aspect policier du récit (Metzger se voit entraîné dans une enquête sur la mort du gardien remplaçant de l’équipe locale supportée par Danjela au cours d’un match auquel elle a réussi à le traîner, ce gardien étant accessoirement noir, Kwabana Owuso étant son patronyme, et conspué par les ultras du club malgré ses parades salvatrices), c’est la relation de Metzger avec Danjela, plongée dans le coma après s’être fait agressée alors qu’elle tentait elle-même de dénouer le fils du meurtre du gardien de but, qui prend toute la place de l’histoire et par ricochet la relation de Metzger avec tout un tas d’interlocuteurs liés à Danjela ou à l’enquête, qui donne au roman toute sa contenance ? Les interlocuteurs sont, pêle-mêle, la femme de ménage du stade de foot, le chien de Danjela, le commissaire Popsischill, les ultras du club, tous plus racistes et fascistes les uns que les autres, le concierge de l’immeuble de Metzger, le président du club de foot… bref tout une galerie de personnages particulièrement bien troussés par Thomas Raab. La plupart de ces protagonistes constituant à ce titre une sorte de « scoobygang » autrichien des plus hétéroclite et amusant.

Parlons un peu de Thomas Raab, de son style et de ses idées…

Il n’est rien de dire que Thomas Raab a le sens de la formule et citer tous les bons passages prendrait trop de temps. La force de Thomas Raab réside dans cette faculté à se faire télescoper des situations, des expressions, que sais-je encore, dans des comparaisons toutes plus drôles et/ou intelligentes les unes que les autres, l’un n’étant pas exclusif de l’autre. Mettons, pour vous donner une (bien pâle) idée de la chose, que le premier paragraphe de ce billet tente de rendre compte, à défaut de rendre hommage, à ce style caractéristique, enjoué, léger et parfois délirant sachant toutefois garder un grand fond de bon sens et d’intelligence.

Qui plus est, le style de Thomas Raab ne dénature pas ses idées. Il est ici évidemment question de l’argent qui pervertit le sport (absence de joueurs dits « locaux » au profit de joueurs étrangers d’envergure internationale devant amener le club vers les sommets au détriment de l’âme de l’équipe, manipulation des groupes d’ultras, ambition démesurée) mais qui gangrène aussi la politique, les deux pouvant être intimement liés.

Alors, certes, l’action se déroule lentement, Thomas Raab sachant également prendre son temps et faire avancer son restaurateur de meuble ancien de héros par saccades, toutes issues d’idées qui tiennent plus de l’intuition et du hasard que d’une réflexion et d’une analyse sherlockholmsienne. Mais le temps que prend Thomas Raab n’est pas du temps perdu. Il lui permet de creuser ses personnages, d’insister sur les aspects les plus importants de son message.

C’est gentiment décalé, frais, profond et drôle. Un très bon moment. Les relations amoureuses favorisées par un printemps ensorceleur et provocateur sont au centre de l’intrigue et tiennent le haut du pavé. Elles viennent embellir le portrait de la société autrichienne que dresse Thomas Raab, engoncée qu’elle est dans un nationalisme qui représente la 3ème force politique du pays, à égalité avec les socio-démocrates et les chrétiens-démocrates.

J’avais de temps en temps le droit de mettre un pied dans son monde, dans cette existence dorée où le vernis a pour objectif de masquer la crasse.

Une dernière remarque sur Thomas Raab. A travers la figure de Metzger, il présente un rapport singulier avec la religion. Dès le départ, le lecteur se trouve face à de nombreuses références faites à la religion, le tout de manière constamment négative : des choses peuvent se répéter « aussi souvent qu’un amen dans une prière », « la vision périphérique provoque un rétrécissement fichtrement sournois de la visibilité, à côté d’elle, les œillères, les lunettes de plongée et les grandes religions jouissent d’une vision panoramique », les derbys sont des fossés pouvant « atteindre des dimensions si insurmontables qu’on aurait plus vite fait de voir le pape se faire circoncire que d’espérer le combler », etc, etc… . A ce titre, le football étant porté aux nues, au pinacle, tel une religion du peuple, il n’est pas étonnant que Thomas Raab, qui reconnait lui-même page 200 que son personnage principal a une « relation hautement conflictuelle avec toutes les grandes religions », s’y soit attaqué sous l’angle de la duperie, de la manipulation et de la perversion de l’argent, toutes choses qu’on est à même de retrouver dans les grandes religions… Toujours est-il que je n’ai pas trouvé les clefs pour comprendre cette posture anticléricale. Vient-elle du passé de Thomas Raab ? Trouve-t-elle ses racines dans le premier récit des aventures de Willibald Adrian Metzger (Metzger sort de son trou) ?

Quelques liens vers d’autres chroniques mais qui restent silencieuses sur l’aspect « religion » du livre :

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