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Titre : BRIGADE DES MORTS.

 

_Qu’est-ce qu’il y a, Mansion, encore, tu vois pas que j’suis occupé, bordel ?

_ J’le vois bien, patron, mais c’est urgent.

Sur le bureau en vrac du boss, un « Playboy était ouvert sur une belle blonde, ouverte elle-même sur le monde. Un verre de lait orgeat à moitié plein côtoyait un cendrier qui débordait. Mansion aperçut quelques filtres en carton. Le patron se fumait des bédos. Tout le monde le savait. Ça aiguisait ses intuitions, qu’il disait. Tout le monde se défonçait, dans la brigade, à part Bosquet et Batook. Mais le patron ! Le Rouge avait débarqué d’on ne sait où dans le service et putain, les choses avaient drôlement changées. Plutôt relax, le boss. Ce soir, y avait des putes au mitard. C’était pas la première fois. Garde à vue. Ils étaient de service de nuit avec le Lorrain, Guillaume, Kian Batook – Quel nom à la con, franchement. Surtout que Ian avait changé d’un coup. Bref. Y avait Bosquet, aussi, mais lui, les putes, c’était pas son truc. Pourtant, avec un nom pareil… Et puis Mansion, la silhouette nerveuse, le poil brun, plutôt beau gosse. Ils glandaient tous à moitié, une nuit calme en dehors des deux putes que les collègues du jour avaient ramenées. Soudain, le patron se leva, souple et gracieux et il descendit au sous-sol avant de remonter avec les deux radasses. Les autres les entendirent se marrer dans l’escalier et le « Rouge » déboula dans la pièce une gonzesse à chaque bras. Il chambra Bosquet.

_ Eh ! Biscotte ! Ouais, il l’appelait Biscotte. Elle est pas bonne, Carmen ?

_ Bosquet avait relevé les yeux du livre à la con qu’il était en train de lire, le roman d’un mec avec un nom espagnol à rallonge, et il dit :

_ Un vrai canon, c’est clair. Des gros boulets.

_ Tu veux pas l’interroger au RDC ?

_ Nan, chef, c’est bon. J’suis marié. Vous avez oublié ?

_ J’suis marié, j’suis marié… toujours la même chanson. Tu fais chier, Biscotte.T’es un rabat-joie. C’est pas parce que tu t’fais lécher l’shibre en passant que t’aimes plus ta femme. Regarde, moi. J’l’adore, la mienne. Faut compartimenter. Tu saisis, ou pas ?

_ Ouais, chef. Mais pas de compartiment couchettes, pour moi.

Bosquet était toujours très zen. Sa petite tête de fouine souriante sous ses mèches brunes et raides comme des queues de rat, il s’en tirait toujours avec une pirouette. Tout le monde kiffait Bosquet. Même le chef. Mais Le Rouge était un vanneur dans l’âme et tout le monde y avait droit. C’était jamais méchant. Ce soir, en tout cas, ils étaient tous torchés. Et c’était pas exceptionnel. Juste une nuit de chiens à meubler. Tout le monde, à part Bosquet et Batook – les deux B -, était passé par le sous-sol et ses cellules inconfortables, certes, mais discrètes. Tu pouvais toujours gueuler, là-dedans, personne risquait de t’entendre. Quand Guillaume attendrissait un peu une raclure, au premier, on pouvait entendre le patron ronfler et Mansion réfléchir sur son Sudoku. Un intello, Mansion. Toujours à tchatcher avec Bosquet. Littérature ! Lis tes ratures, déjà ! Le mec te pondait des PV de toubib. Impossible de comprendre quoi que ce soit.

Le patron, après avoir tiré sur une dizaine de joints depuis le début de leur service, quelques heures plus tôt, dit au Lorrain, qui glandait, les pieds sur son bureau.

_ Guillaume, va pécho Mathias. On le baptise ce soir. C’est l’occasion.

Le Lorrain, masse impressionnante de muscles, eut un sourire jusqu’aux oreilles. Avec sa grosse barbe blonde, sa tête de mammouth mal dégrossi et ses bras de gorille stéroïdé, Guillaume foutait vraiment les foies.

_ On lui r’file Carmen ?

_ Nan. Rosetta. Ça fait encore plus flipper.

_ Sérieux, chef ?

_ Carrément sérieux. C’est du lourd. La dernière fois qu’j’ai vu ça, c’était au zoo. J’avais douze ans. Un zèbre.

_ C’est parce que vous étiez p’tit, patron. Vous l’avez vu énorme.

_ J’te garantis que non. Tu vas pas m’dire que tu trouves pas ça monstrueux, quand même ?

_ Bah ! Une taille moyenne.

_ Vas-y, dégage ! Tu m’fais penser à Schwarzy. Ramène le nouveau, qu’on s’fende la gueule.

Cinq minutes plus tard, Le Lorrain revenait avec Mathias. Le jeune avait ses lunettes sur le pif, et on avait entendu Batook s’esclaffer. Plus personne n’y faisait attention, ici. Il riait, pleurait, baragouinait des formules ésotériques, récitait le Bottin, tout le monde s’en branlait. C’était Batook. Mais ça n’avait rien à voir avec la tronche de Mathias. Le mec était barré dans une autre planète, une autre dimension ; et même pas parallèle.

_ Eh ! Mathias ! Viens, viens… pose un cul. On s’boit un verre. Tu dois en avoir marre de faire le poireau là-haut, lui lança le boss, toujours convivial.

Et dans convivial, y avait… bref.

Mathias, souriant mais gêné, s’approcha. C’était pas donné à tout le monde de pénétrer dans l’antre de la Brigade. Mathias comptait bien l’intégrer un jour. Ça, c’était du boulot de queuf. Des mecs carrés, droits, qui n’avaient pas froid aux yeux. Honnêtes et intègres. Efficaces.

Putain ! La crise ! Mais Mathias était tout feu tout flammes. La fougue et l’enthousiasme de la jeunesse.

Il s’assit sur la chaise en bois, près du bureau du boss et ce dernier sortit un gros pétard avant de l’allumer sous le nez du bleu médusé. Mathias hésita entre la stupeur, l’indignation, et la complicité. Merde ! C’était peut-être un test. Pour voir s’il était corruptible. Il se tortilla dans son uniforme. Il était trop petit ce con. Son caleçon lui rentrait dans le derche.

_ Tu veux une latte ?

Le Rouge lui tendait le joint ; juste sous son pif. Mansion et Le Lorrain attendaient en se retenant de se marrer. Bosquet lisait, imperturbable, et Batook baragouinait des trucs incompréhensibles, dans son coin, près de la fenêtre, son bonnet, comme une seconde peau, vissé sur sa tête. De temps à autres, il caressait son bouc blanc, les yeux dans le vague. Sur ses lèvres, on aurait pu lire, si on s’en était donné la peine :

_ Oulan Bathor, Oulan Bathor.

Dehors, l’orage se mit à gronder et il y eut un violent coup de tonnerre. Bosquet sursauta, jeta un œil vers les carreaux dégoulinant de pluie, et il reprit sa lecture. Le temps leur crachait dans la gueule depuis huit jours. Un automne de merde.

_ Une latte ? Heu… non… merci, chef.

Le Lorrain s’avança, attrapa le pétard, et il tira une taffe à la mesure de ses poumons hypertrophiés, comme le reste. Puis, l’air ravi, il recracha la fumée de trois locomotives dans un nuage mortel de gaz carbonique et de THC. La voix cassée, il demanda :

_ Mansion ? Tu tires ?

Mansion, qui finissait de remplir un rapport que personne n’arriverait à déchiffrer, bien entendu, répondit.

_ Nan. J’me réserve pour demain. Il fit un clin d’œil à Guillaume qui se marra. Puis, se tournant vers Mathias, bien emmerdé et qui ne savait plus trop, ni quoi dire, ni quoi faire, ni où se foutre.

_ Me dis pas que t’es un chieur, toi aussi ?

_ C’est qui, aussi ? lança Bosquet, qui n’était pas sourd.

_ C’est toi, c’te blague ! répondit Le Lorrain. T’as vexé Rosetta et Carmen. T’as donc aucun sentiment ?

_ J’ai surtout le sentiment que Mathias va se faire un plaisir de sauver l’honneur de ces dames.

_ Y a eu une agression ? Qu’est-ce qui se passe ? Vous voulez que j’m’en occupe, chef ? Demanda le bleu.

_ Calme, petit. Ouais, va peut-être falloir que t’ailles en mission. C’est pour ça, tire une latte, détend-toi. C’est relax, ce soir. On cherche pas à te piéger. On fait la fête et c’est normal d’inviter les collègues. La nuit, c’est spécial. Plus décontracté, tu vois.

Mathias avait déjà fumé. Une fois. Une crise de rire de collégien et une fringale de ouf après. C’était pas la mort. Il prit le joint et tira une petite taffe. Il toussa, s’étrangla à moitié et Mansion, rapide comme un furet et toujours serviable, lui tendit une Kro. Le jeune la prit et en siffla la moitié. Il tendit le joint au patron qui, un grand sourire aux lèvres, lui dit :

_ Fume, fume, on est déjà farcis. Puis, s’adressant à Mansion :

_ Allez, Mailleki, Ti punch, bordel ! Qu’est-ce que t’attends.

_ À vos ordres, chef.

Deux heures plus tard, Mathias était à l’ouest. Le mélange teush et alcool l’avait retourné. Il était au milieu de la pièce et Le Lorrain lui avait passé son HK 45, un petit bijou de 780 grammes tout nu. Il avait ôté le chargeur. Un coup d’œil sur l’indicateur optique de chargement. Pas de bastos dans le canon. C’est bon. Levier de sécurité automatique et sûreté de percuteur. 15 coups. Canon et culasse rallongés. Le truc qui faisait son petit effet avant même d’aboyer. Tout noir. Comme un Rotweiller.

_ Cible à gauche ! hurlait Le Rouge.

Mathias, encore vif mais peu équilibré, suivait les ordres.

_ Cible haut droite !

Mathias, en sueur, leva les bras et la tête en même temps, pivota, et se ramassa au milieu de la pièce en envoyant voler la corbeille et les canettes de Kro, gobelets en plastique, mégots de clopes, rapports de Mansion et toutes les saloperies qui traînaient là-dedans depuis la veille. Batook se leva, masse aussi imposante que le Lorrain, grand chêne impassible, et il alla relever le jeune avant de retourner s’asseoir. Oulan bator le stoïque. Mansion s’était esquivé au sous-sol pour réveiller les gonzesses. Ils leur en devraient une, si elles jouaient le jeu. Quand Mansion revint, il fit un petit hochement de tête et Guillaume prit le bleu dans ses bras. Mathias disparut un instant, poussière au creux de la vallée, enserré entre deux montagnes. Guillaume l’embrassa sur le front avant de l’entraîner au sous-sol.

_ Viens, viens, on va se marrer. J’vais te montrer deux colis. Tu vas tremper ton pinceau.

Mathias, s’esclaffa, il trébucha et le Lorrain le releva avec son petit doigt. Il était vraiment très balaise.

Arrivés en bas, Guillaume déverrouilla la porte et entra dans la cellule, Mathias sur ses talons. Les deux putes les attendaient de pied ferme. Aguicheuses et bien chaudes. En les voyant, comme ça, dans l’ombre, elles faisaient vraiment illusion.

Le Lorrain chopa Carmen d’entrée et il commença à lui peloter les nibards. Rosetta, plus virile, attrapa Mathias et lui roula le patin du siècle. Submergé, celui-ci se laissa faire. Au bout d’un moment, semblant y prendre goût, et qui aurait pu l’en blâmer, il devint plus entreprenant. Guillaume et Carmen l’épiaient, tentant de contrôler le fou rire qui commençait à monter, comme un tsunami. Mathias s’enhardit, et même Rosetta avait du mal à garder son sérieux. Le jeune, parti dans son rêve de luxure et de plaisir, raide bourré, seul au monde, avança une main curieuse, pressé, quand, croyant toucher au but, il poussa un cri de terreur en faisant un bond en arrière d’au moins deux mètres, se cognant la tête contre le mur de la cellule et dessoûlant instantanément par la même occasion. Là le Lorrain explosa, hurlement guttural entre le cri de guerre et l’orgasme d’un dromadaire, et les deux putes se lâchèrent aussi. Ils partirent dans un fou rire inextinguible. Mathias, interdit et encore sous le choc, les regardait, ahuri.

_ Vous êtes complètement cons, les mecs, sérieux.

Guillaume avait les larmes aux yeux. Reprenant son souffle, il lâcha :

_ C’était ton baptême, frangin. Fais pas la gueule. Allez viens, on r’monte.

Il passa son bras autour des épaules du jeune et fit mine de l’étrangler, lui coinçant la nuque dans le pli du coude. Un étau, putain.

Bosquet farfouillait dans la grande armoire en fer. Il cherchait un bouquin sur les armes de poing qui devait être quelque part dans ce bordel. Il voulait vérifier si l’arme que le mec décrivait dans son roman existait. Il n’en avait jamais entendu parler. Il aurait pu demander à Guillaume. Pour lui, les armes, ça passait même avant sa gonzesse. Mais il ne voulait pas avoir l’air d’une truffe.

Mansion avait fini son rapport et il alla le poser sur le bureau du patron.

_ T’en as pas marre de polluer mon bureau avec tes trucs ?

_ C’est mon rapport, chef.

_ Ouais, mais c’est pas sa place.

_ Je le mets où, alors.

_ Là, plutôt.

Le Rouge lui désignait la poubelle vide.

_ C’est pas marrant, chef. J’ai passé deux heures dessus.

_ C’est pas de ma faute si t’écris comme un pingouin. On l’fera taper par Bosquet.

_ J’suis non violent, chef. Je tape pas, intervint Bosquet.

_ Sans déconner, Biscotte, qu’est-ce que tu fous dans la police ?

_ J’aime bien me balader en bagnole dans la ville et j’adore porter un calibre, chef.

_ Quoi, c’est tout ?

_ Nan. J’aime aussi arrêter des mecs que je trouve nuisibles. Mais vous savez ce que je pense. Mon but, c’est la brigade financière. Non seulement c’est moins dangereux, j’ai des gosses, moi, faut pas l’oublier, mais en plus, c’est plus efficace. Et on peut serrer de plus gros poissons.

_ Ouais, ouais, je sais, Biscotte. Si c’est ton kiff… De toute façon, c’est un asile de fou, ici. T’as qu’à voir Batook.

_ Ouais, au fait, il lui est arrivé quoi ? Demanda Bosquet, curieux.

_ Un truc bizarre. Il a changé de nom un beau jour. Fallait plus l’appeler comme avant. Et puis un matin, il s’est réveillé et il parlait plus notre langue. Il s’est vissé un bonnet à la con sur la tête, et il baragouine plus que des trucs sans queue ni tête.

_ Et il parlait quoi comme langue ?

Le patron le regarda en souriant.

_ Ouais, vous vous foutez de moi, encore ! C’est ça ?

_ Pas du tout, Biscotte. Nous non plus, on comprenait pas. Il a vu un psy de la police. C’est du Mongol. Il parle Mongol. Personne sait ce qui lui est arrivé. Il écrit sans arrêt.

_ En français ?

_ Au début, ouais, et puis après… en Mongol !

_ Et il écrit quoi ?

_ Des noms. Tiens, regarde. Le boss se pencha, ouvrit le tiroir de son bureau. Il en sortit une feuille de papier.

Mansion lut : Chuluun Kushi Naranbaatar Narantsetseg Oyinbileg Odval Sukhbataar…

_ Hé ! Sukhbataar. C’est marrant, ça. C’est l’souk, bâtard ! s’exclama Mansion.

À cet instant, on entendit un bruit de verre brisé. Batook avait cassé son gobelet en terre. Celui dans lequel il buvait son thé, comme un rituel. Il regardait vers les deux hommes, une lueur malsaine dans le regard.

_ Ouais, bon, file ça, cracha Le Rouge, à l’adresse de Mansion. Ça réveille un truc en lui et c’est pas bon.

_ Et c’était du Mongol, ça ? Ça veut dire quoi ?

_ C’est juste des listes infinies de prénoms.

_ Putain ! C’est vraiment bizarre, ce truc.

Mansion regarda vers Batook, qui s’était replongé dans son monde obscur. Pour lui, il était peut-être très clair.

_ Et pour mon rapport ?

_ Mets-le là, on va le passer à l’équipe scientifique. Y a des paléographes.

Mansion posa le dossier sur le coin du bureau, ignorant l’ironie. À côté du play-boy.

_ Au fait, chef, j’voulais vous dire un truc chaud par rapport à…

On entendit des voix dans les escaliers et Mathias émergea, suivi par Le Lorrain, qui se marrait encore.

_ Alors, t’as tiré ta crampe ? lui demanda le boss

_ Ah, ah… trop drôle.

_ Oh ! Fais pas la gueule, petit. On y est tous passé.

_ Pas moi, chef, dit Bosquet, du fond de la pièce.

_ Toi, Biscotte, t’es un cas.

_ Et Batook, il y a eu droit ? Demanda Mansion.

_ C’était son idée, ça, Mailleki. Tu l’aurais connu avant, putain ! Un vrai fêlé. Toujours à faire le con. J’étais un bleu, à l’époque. Comme toi, Mathias.

Mathias faisait la gueule.

_ J’ai voulu lui mettre ma main dans la tronche. Une erreur. C’est comme ça que j’ai rencontré Guillaume. Une erreur aussi. De la nature. Bref, passons. T’es pas mort. Si ? On t’entend plus.

Tout le monde se marrait sauf Mathias et Batook. Le nouveau Mongol, sérieux, gardait ses petits yeux fixés sur le ciel dévasté, ses nuages éventrés accouchant de trombes d’eau. Un éclair zébra les ténèbres et on entendit un train passer, faisant claquer les rails. L’usine en face crachait sa vapeur glauque, son souffle ne s’interrompant jamais, comme des fantômes lâchés à la file et pressés de monter vers le ciel, en quête de liberté, d’espace, et qui succombaient dans la seconde sous le vent violent et agressif qui les balayait d’un revers. Les réverbères, lueurs pâles et fantomatiques, éclairaient la rue déserte et froide.

Mathias vit tous ses visages, souriants, certains burinés par la vie, les soucis, ce boulot de taré. Il faisait bon, dans la pièce. Ça sentait l’herbe et il était encore un peu soûl. Il sourit en regardant la grosse tête de mammouth du Lorrain. Derrière lui, Bosquet souriait aussi, assis près de Batook, son livre sur les genoux. Mansion alla jusqu’au bar, un placard à double fond plein de vieux dossiers, et il lança :

_Allez, on fête ça. Ti punch de morts.

Le sourire de Mathias s’élargit encore. Il repensa à la queue de mulet que sa main avait rencontré dans la cellule et sous la jupe de Rosetta. Il éclata de rire.

_ Et ben voilà. Tu vois ? T’es dans la famille, maintenant. Et puisque t’y es, demain soir, on fait une grosse grosse teuf. C’est mon anniversaire, lança le boss. Le Rouge lui fit un clin d’œil.

_ On va te mettre sur les rails, par la même occasion.

_ On va te mettre sur les rails ! Trop fort, ça, patron, rugit Guillaume.

_ Tu vas voir, continua le boss, c’est un truc…

_ À propos, patron. Je voulais vous dire un truc, justement à ce sujet.

_ Quoi, Mailleki ? Me dis pas que tu viens pas. Même Batook sera là.

_ Comment vous le savez ? Vous parlez Mongol, maintenant ?

_ Rigolo ! Moi et lui, on se comprend. Il viendra.

_ Ouais, ok. Bon, moi aussi, j’viens, mais y a un problème.

_ Vas-y, quoi ?

_ J’ai pas eu la coke. Il avait plus rien, le mec.

_ Mansion, t’es con. Tu l’as cru ?

_ Comment ça ?

_ Tu crois que les mecs nous lâchent leur came en souriant ? Avec un p’tit papier cadeau ?

_ Vous m’avez dit : « T’y va et tu lui demandes les cinq grammes de coke »

_ T’as dit s’il vous plaît, au moins ?

Bosquet, du bout de la pièce, s’esclaffa.

_ Fallait dire quoi ?

_ Tu vas aller avec Le Lorrain et il va te montrer. Hein, Guillaume ? Allez-y à six heures. Il va se choper les boules.

Le rouge regarda sa montre.

_ Dans une heure. Ça vous réveillera. Moi, j’irai pioncer deux ou trois heures et après… fiesta, les mecs. Tu veux aller avec eux, Mathias ?

_ J’sais pas trop, chef. J’suis d’astreinte jusqu’à sept heures à l’accueil.

_ On l’emmerde, l’astreinte. On répondra. J’enverrai Batook. À mon avis, ils feront demi-tour aussi sec.

_ Bon, ok, alors.

_ Nickel, lâcha Guillaume. Il sortit un de ses cigares à la con. On aurait pu assommer un lascar avec et ça puait comme des pneus qui brûlent.

_ Fume cette daube dehors, tu veux ? J’ai à moitié la gerbe, lâcha le boss.

_ Je l’fumerai dans les douches. J’vais aux san’ avant d’aller chez l’autre connard. Tu veux prendre une douche, Mathias ?

Le jeune allait répondre vertement qu’il avait vu assez de bites pour toute sa vie, quand il comprit que le Lorrain le chambrait. Il se mit à rire et les autres l’accompagnèrent. Pas Batook.

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