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La main de la nuit - Susan Hill

Titre : La main de la nuit

Auteur : Susan Hill

Éditeur : L’Archipel

On a trop souvent tendance, en parlant de ce genre de livres, de parler de tension qui croit jusqu’au paroxysme final. En fait, ici, il est plutôt question de tension, certes, mais traitée un peu différemment : elle opère en dents de scie, de pics en creux, de montée d’adrénaline en périodes plus calmes, de rémission, pour un final qui agit alors plus comme un soulagement, une respiration finale bienvenue qu’un dénouement tendu à l’extrême.

Il est question ici d’un marchand de livres anciens qui, en visite chez un client habitant la campagne anglaise, se perd en route et se retrouve devant les grilles d’une vaste maison abandonnée entourée d’un non moins abandonné et vaste jardin. Adam Snow est irrésistiblement attiré par ce lieu, au point d’y pénétrer et, une fois arrivé devant la maison, de sentir une petite main d’enfant se glisser dans la sienne et l’attirer. Où ? Pourquoi ? Ce sont autant de questions qui le hanteront au même titre que la sensation rémanente de cette main dans la sienne, de la volonté dont elle fait preuve de l’amener quelque part, au même titre que la résurgence du passé dépressif de son frère qui semble trouver un écho troublant dans ce qui lui arrive dans ce récit.

On est entre deux mondes, celui de la raison et celui des sensations. Adam Snow ne sait plus très bien, au fur et à mesure que la narration se développe, de quel côté de la frontière il se trouve. La répétition de la sensation de la main de l’enfant qui veut l’entraîner on ne sait où, l’apparition de la propriétaire de la maison (ou de son fantôme ?), le malaise d’Hugo, le frère d’Adam, face aux questions dont celui-ci le presse, d’étranges photos, tout cela contribue à diriger Adam vers la découverte du secret familial qui entoure son passé et son présent.

« La main de la nuit » ne joue nullement sur l’horreur ou la terreur mais plus subtilement sur le répertoire de l’étrangeté et du fantomatique pour envouter sournoisement le lecteur, distiller sa tension au fur et à mesure. Susan Hill a cette intelligence qui consiste à ne pas vouloir trop en faire. Un petit livre qui n’a pas d’autre prétention que d’emmener son lecteur sur des sentiers peu battus mais qui le fait très bien.

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