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Eté rouge - Daniel Quiros

Titre : Eté Rouge

Auteur : Daniel Quiros

Éditeur : L’Aube

Cet « Eté rouge » nous emmène au Costa Rica, dans la région du Guanacaste, entre les villages de Paraiso et de Tamarindo. Pas loin de La Cruz où a été perpétré un attentat en 1984 contre la personne d’Eden Pastora, membre des Contras, s’opposant à Daniel Ortega. Il n’est rien de dire que cette région du Costa Rica était la plaque tournante, derrière une neutralité gouvernementale de façade, pour les révolutionnaires nicaraguayens qui ont renversé Somoza pour mettre Ortega à la tête du pays puis des Contras qui s’opposaient au nouveau gouvernement d’Ortega.

Don Chepe est un ancien révolutionnaire à la retraite, qui coule des jours paisibles à défaut d’être heureux entre sa maison de Paraiso et le café d’Ilana Echevarri à Tamarindo. C’est la relation amicale teintée de respect entre les deux qui poussera Ilana à léguer de façon posthume à Don Chepe les éléments qui devront permettre à celui-ci de comprendre pourquoi on l’a retrouvée assassinée un beau matin.

L’histoire d’Ilana, elle-même ancienne révolutionnaire sandiniste, est ainsi forcément liée à celle de l’attentat de 1984 pour lequel, 25 ans plus tard, un journaliste suédois, Olsson, revient au Costa Rica pour témoigner contre Ortega qu’il accuse d’avoir commanditer l’attentat.

Daniel Quiros entremêle parfaitement ces deux histoires pour les faire se télescoper. Sans effets morbides, sans renfort de corps agonisants ni de cadavres à la pelle, il convoque les fantômes d’un passé complexe dans lequel Don Chepe se débat 25 ans plus tard pour la mémoire d’une femme qu’il a peu connue mais qu’il a respectée, comme si les évènements du passé n’étaient pas totalement soldés et qu’il fallait enfin pouvoir y apposer le mot fin.

Daniel Quiros s’inspire de faits réels pour évoquer sous forme de fiction (en changeant quelques noms de lieu et de personnes) les évènements qui ont agité cette région à la frontière du Nicaragua et du Costa Rica à la fin des années 70 et au début des années 80.

Associé à une écriture agréable, Daniel Quiros ne sombre jamais dans l’angélisme et n’idéalise aucune faction, aucune attitude. L’amour qu’il a de son pays ne l’aveugle pas sur ses responsabilités qu’il questionne dans cet ouvrage : quid de la pseudo neutralité affichée ? si elle n’était que feinte, n’était-ce pas pour préserver le crédit du Costa Rica auprès des puissances occidentales dont il dépend(ait) pour maintenir son économie à flots ? Il y est par ailleurs aussi question d’une certaine idée de la justice qui n’est pas forcément celle des lois mais celle des hommes, quel que soit leurs bords, leurs affinités.

Pari réussi pour l’auteur qui souhaitait que le roman fasse « de ce matériel authentique un moyen d’exploration de l’histoire sur le présent, en estompant la frontière entre la réalité et la fiction ».

Le livre a été écrit en 2010 et ce qui est, pour l’instant, le fin mot de l’histoire, en quelque sorte, a été livré en 2013… Voir à ce sujet un article du Huffingtonpost : http://www.huffingtonpost.com/2013/12/03/costa-rica-1984-bombing_n_4377316.html

Et au passage un catalogue de l’éditeur (L’Aube) qui s’étoffe et s’enrichit au fur et à mesure de romans plutôt bien sélectionnés.

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