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L'héritage Werther - Cyrill Herry

Titre : L’héritage Werther

Auteur : Cyril Herry

Éditeur : Editions du Cursinu

Cyril Herry est éditeur, amateur de photographie, adepte de la nature et donc écrivain. Cet héritage est son deuxième roman.

Question nature, on est servi ! Quentin revient dans les Monts de Blonds dans la maison laissée par sa grand-mère. Jeune informaticien en quête d’écriture, Quentin arrive là comme un cheveu sur la soupe pour remettre la maison d’aplomb et, tout en redonnant un coup de propre et de peinture, espère tomber sur la cache au cash de la mamie.

Il atterrit dans ce no man’s land  peuplé essentiellement de chats sauvages et de quelques rares habitants : le Gus, figure du vieux paysan attaché à la seule terre qu’il a jamais connue à savoir celle délimitée par sa maison, son carré de jardin et la forêt alentours, Olga, jeune fille qui fera tourner la tête de Simon et l’oncle d’Olga qu’on ne verra jamais mais dont l’ombre plane sur cette histoire.

Olga et Quentin rejouent un peu Adam et Eve au Paradis : Olga/Eve jouera le rôle de la tentatrice et Simon/Adam la victime consentante. Quentin tient également le rôle de détonateur dans ce roman d’atmosphère, lourde, pesante et tendue : charognard et pillard du passé de sa grand-mère, il sera celui par lequel tout se dénoue quand bien même cela se ferait à son détriment.

Quentin est irrésistiblement attiré par la figure d’Olga, séductrice, tentatrice, fausse ingénue dont les relations troubles avec l’oncle se laissent deviner facilement et rapidement. Mais derrière le joli minois innocent, derrière les paroles enfantines de cette adulte dont on a volé l’adolescence, derrière le phrasé naïf symbole d’innocence, derrière la faiblesse de façade, se cache la pire démone, l’ange annonciateur de l’Armageddon, la manipulatrice personnifiée.

Quentin est un dindon de la farce qui croit pouvoir s’en sortir alors qu’il est tout autant paumé à la fin qu’au début du récit.

Il faut passer les premières pages pour ressentir ensuite toute la tension de l’histoire que Cyril Herry dévoile petit à petit. Le seul reproche que l’on pourrait faire à l’auteur serait qu’il ne parvient pas à faire croire très longtemps à l’innocence et à la pureté d’Olga. Mais je pense que son propos n’était pas de masquer l’état de coupable d’Olga, de nous la faire passer pour angélique et victime mais bien de s’attacher à Quentin et de nous montrer par quel biais, par quel ressort dramatique, par quel logique propre mais cohérente et naturelle pour lui-même il s’enferme dans sa propre fatalité à partir du moment où il a posé son regard sur Olga

Quentin est détestable, je ne suis d’ailleurs pas persuadé qu’il ne se mette pas à se détester, de plus en plus, au fil du récit, autant par honte de s’être fait duper que par haine de ce qu’il devient ou par lâcheté vis-à-vis de la vie qu’il abandonne. Il est détestable parce qu’il représente la part de faiblesse et de lâcheté que nous avons tous en nous, certes poussée à son paroxysme chez Quentin. Mais il nous renvoie à une bien piètre image de la nature humaine. Et c’est par ce biais que Cyril Herry nous ferre et nous piège…

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