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L'horloge enchantée - Julia Kristeva

Titre : L’horloge enchantée

Auteur : Julia Kristeva

Éditeur : Fayard

Nivi aime Theo. Nivi est psychanalyste, Theo astrophysicien, d’où son surnom Astro. Nivi a un fils, Stan, qui se passionne pour l’horloge créée par Claude-Siméon Passemant pour Louis XV, une horloge capable de compter le temps jusqu’en 9999. Accessoirement, Théo s’appelle Passemant…

Je pourrai continuer comme cela longtemps tant le livre de Julia Kristeva ne se résume pas. Tout simplement parce que son histoire n’est pas en elle-même importante. Ce qui importe ici n’est pas tant le vecteur que le message, un message empreint d’optimisme en l’avenir, optimisme qui trouve son enracinement dans les exemples et les histoires du passé et plus particulièrement celui des Lumières.

D’aujourd’hui au temps de Louis XV, de Theo à Claude-Siméon, de Marianne, la collègue de Nivi chez PsyMag à la Pompadour, Julia Kristeva procède par allers-retours et par rapprochements entre les époques, allant parfois jusqu’à mélanger les époques, les temps, au risque de perdre son lecteur par moment, se noyant au milieu des (trop) nombreuses références et raccourcis que seul l’esprit de Julia Kristeva est capable de suivre et de comprendre dans leur totalité. Parce que cette « horloge enchantée » est un livre global où les chapitres du livre fonctionnent comme autant de facettes d’un même diamant dont seule la contemplation de l’ensemble permettra (peut-être) de comprendre, un tant soit peu, les tenants et les aboutissants de ce que nous raconte l’auteur.

Julia Kristeva réalise un véritable travail d’orfèvre sur l’écriture et la langue, la ciselant telle le joyau le plus pur et le plus parfait. En plus de cet aspect linguistique, ce livre ressemble donc à ce que l’on pourrait appeler un livre total où l’auteur aborde une myriade de notions, de thèmes qui pris séparément ne semblent pas forcément avoir de lien avant de prendre tous leurs sens lequel au cours de la lecture, lequel à la fin du récit.

Le thème central reste le temps et le rapport des hommes à celui-ci ou de la relativité du temps individuel par rapport au temps des autres individus ou d’un temps social différent. Rapport au temps et à l’image : du coup rapport au divin également qui prend une place prépondérante dans un peu tout ce qu’exprime Julia Kristeva.

Elle plonge l’encre de son histoire dans les abîmes de nos racines, encre aux couleurs multiples, chatoyantes et complexes dans leur rapport les unes avec les autres, dans leurs savants mélanges, fluctuantes selon que l’on se colle au livre ou qu’on essaye de prendre un peu de recul sans qu’aucune situation ne permette de vraiment tout appréhender. Cette « horloge enchantée » tient presque de la gageur et mériterait plusieurs lectures pour tenter (vainement ?) d’en faire un jour le tour. Ce n’est donc pas un livre facile, mais c’est un beau livre.

L’avis de Samuel Dock (http://www.huffingtonpost.fr/samuel-dock/ouvrages-soumissions-houellebecq_b_6881096.html) dans un article plus complet et dont voici l’extrait concernant le livre de Julia Kristeva :

L’horloge enchantée de Julia Kristeva offre le contreprojet le plus abouti à Soumission. L’auteur du Pouvoir de l’horreur sait mieux que personne la déjouer, la sublimer et y parvient une fois de plus avec brio à travers ce roman ; peut-être le plus intime qu’elle a écrit à ce jour. L’héroïne, la psychanalyste Nivi, nous entraine sur les traces de Passemant, artisan de génie qui confectionna pour Louis XV une pendule capable de dévider le temps jusqu’en 9999. Tout au long du récit, Kristeva établit, ou plutôt suggère des parallèles stupéfiants entre notre époque et celle de Louis XV, entre l’émulation de l’image contemporaine et le culte des ragots à l’époque. Pessimiste énergique, Kristeva signe un plaidoyer vivant et vibrant pour la dialectique, l’herméneutique, l’émancipation du sujet et celui du développement de la culture. Une belle invitation, donc, à renouer avec le projet des Lumières et à retrouver l’élégance d’une langue que Kristeva dépasse, transcende, galvanise, ressuscite loin des feuillets anémiques mais surnuméraires qui font ployer les étagères des librairies. Kristeva fait de l’exigence stylistique et intellectuelle la plus belle des révoltes, une voie vers une identité plus congruente, un voyage à travers le temps: « Mon temps n’est pas un déroulement d’instants. Mon temps n’est ni arrêté ni présent. Il est un temps extrême où la tension se déploie en un maintenant pluriel. Là, tout se tient, tous se tiennent. Toi aussi, tu te tiens. Jusqu’à ce que tout s’éclipse dans les reflets de temps émergents, et se présentent des choix nouveaux, dans lesquels je renais en reliances infinies « . Une indispensable grâce.

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