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Le sculpteur - Scott McCloud

Titre : Le sculpteur

Auteur : Scott McCloud

Éditeur : Rue de Sèvres

Scott McCloud est archi-ultra connu dans le monde de la bande dessinée notamment pour ses albums « L’art invisible » et « Réinventer la bande dessinée », ouvrages qui expliquaient de façon théorique ce qu’est la bande dessinée… en bande dessinée. Grâce à ces livres, Scott McCloud a rencontré un succès autant critique que public.

« Le sculpteur », tout en mettant en pratique ces théories, va bien au-delà de tout cela. Scott McCloud est virevoltant, éblouissant, époustouflant, tant par le dessin, que par sa narration ou que, de façon assez rarissime en bande dessinée, par son texte.

David Smith, artiste sculpteur, est à la recherche de la célébrité, pas uniquement parce qu’il a cruellement besoin d’argent sous peine de se retrouver à la rue dans quelques jours, mais aussi parce qu’en homme de parole, il veut tenir une des nombreuses promesses qu’il a ou s’est faite dont celle passée avec son père « de se faire un nom », chose compliquée compte tenu de son patronyme on ne peut plus passe-partout.

Alors qu’il broie du noir et s’enivre dans un pub typiquement américain, il se trouve confronté au fantôme de son oncle Harry qui va lui proposer de passer un deal à la Faust : pendant 200 jours il pourra modeler la matière à mains nues mais au bout de ces 200 jours c’est la mort assurée. Cette proposition vient juste après un échange entre David et oncle Harry le premier répondant « Je donnerai ma vie. » à la question cruciale et centrale du livre posée par son oncle « Jusqu’où es-tu prêt à aller pour ton art ? ».

Au-delà de la question de l’art et du degré d’abandon demandé à tout artiste vis-à-vis de ses œuvres et de son travail, « le sculpteur » pose la question du sens de la vie, de ce qui est réellement important aux yeux de chacun de nous. Car juste après avoir accepté la proposition de son oncle, David rencontre l’amour dans les traits et caractères de Meg, actrice en devenir, dépressive et cyclothymique. La réunion pourtant éphémère de ces deux donne lieu à la naissance d’une vraie conscience artistique et, encore plus important, humaine chez David, Meg adoptant le rôle d’égérie de David, de pygmalion, le poussant dans ses retranchements. Par amour pour elle, David ira jusqu’à lui dévoiler le triste pacte qu’il a passé avec le fantôme de son oncle.

Scott McCloud égratigne le monde de l’art pour sa superficialité, ses faux-semblants, monde à travers lequel il nous rappelle qu’il est de notre ressort, de notre devoir, de faire en sorte que la vie ne lui ressemble pas, qu’il est en notre pouvoir de donner à la vie sa véritable place, de lui rendre sa vraie nature.

Cet album est une vraie grande et merveilleuse réussite. Et les quelques 490 pages qui la composent se lisent avec une facilité déconcertante pour un album de cette taille sans toutefois que cela nuise au message délivré par Scott McCloud qui prouve encore une fois qu’il n’est pas qu’un théoricien de la bande dessinée mais un vrai créateur, un vrai conteur et un vrai dessinateur. Cet album fait partie des indispensables du « roman graphique ».